Le Jeudi: Editorial: Le Luxembourg de demain Editorial: Le Luxembourg de demain ================================================================================ Marina on 2010-07-08 18:10:00 Jacques Hillion Après les débats sur les langues et notamment sur le luxembourgeois, les 700.000 habitants, la Gëlle Fra, le Roude Léiw face au drapeau tricolore…, la science met donc les pieds dans le plat et apporte un éclairage – beaucoup moins partisan que les positions soutenues lors des débats menés sur ces différentes questions – sur cette population qui fait le Grand-Duchéd'aujourd'hui et construit celui de demain. En décrivant les différents groupes socioculturels constituant la population résidente, cette étude met en évidence une certaine cohésion sociale résumée en une phrase: «Au Luxembourg, ce qui compte, c'est l'éthique de la réussite et les valeurs bourgeoises.» Du faitnotamment de l'importance du «milieu méritocratique», le principal groupe socioculturel qui représente un tiers des habitants du pays etse définit par le fait d'avoir confiance en ses capacités, ses vertus bourgeoises et son faible engagement critique envers la société. Cette photographie d'une réalité sociologique dans toute sa complexité ne peut cependant pas cacher un certain nombre de questions liées à des particularités intrinsèques qui ressortent dans le contexte de crise, de chasse drastique au déficit public malgré des prévisions économiques bien moins dramatiques que prévu. Parmi les particularités, l'une est symbolique et risque de provoquer des crispations. À court terme, les Luxembourgeois seront minoritaires. En d'autres termes, cela veut dire que le Luxembourg, si rien n'est fait d'ici là, va connaître un déficit démocratique. Ce dernier est déjà ressenti par les principaux partis politiques, qui se focalisent, non sans raison, sur l'implication des résidents étrangers aux élections communales mais aussi européennes. Une implication faible, puisque, pour le moment, 15% seulement des étrangers en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales, mais qui demande à être développée et peut-être pas seulement au niveau local. En tout cas, les perspectives démographiques, mais aussi le fait que le troisième groupe en importance soit celui des défavorisés qui concentre une majorité d'étrangers, demandent que l'on s'intéresse vivement à cette question qui peut être source de tensions. Comme le cas des 150.000 frontaliers qui semblent servir de soupape de sécurité à l'économie, que ce soit au niveau du chômage ou de la redistribution des prestations sociales – pourtant alimentées par leur travail – mise à mal par la crise (lire page 4). En tout état de cause, un large débat sur ces questions est nécessaire car il en va aussi de la cohésion sociale. Si ce n'est pas le cas, les multiples identités qui font la société luxembourgeoise d'aujourd'hui pourraient alors devenir facteurs de division, de conflit.