Le Jeudi: Il n'y a qu'une politique possible Il n'y a qu'une politique possible ================================================================================ Nicte Mazariegos on 2011-08-04 14:26:00 S'il est toujours difficile de savoir quand faire confiance à un élu politique, il y a un cas où il ne faut même pas se poser la question: lorsqu'il vous dit solennellement qu'«il n'y aqu'une politique possible». En général, c'est pour cacher son choix politique, et il invoquera une situation exceptionnelle qui réduit les choix à un. Mais ce n'est pas vrai. Il y a toujours une alternative. Au moins. La dette souveraine est un cas d'école en la matière. Pour les États qui voient leur dette attaquée par les marchés, l'austérité serait en effet la seule politique possible. OK, c'est vrai. Un État dont la dette inquiète les marchés, dans un système où il a été décrété dogmatiquement que les marchés ont toujours raison, a, sans l'ombre d'un doute, vécu au-dessus de ses moyens. Comme il a été décrété dogmatiquement que les États doivent se financer sur les marchés privés et que, tout aussi dogmatiquement, on a supprimé toute marge de manœuvre en matière de politique monétaire, l'État dont la dette inquiète n'a d'autre choix que de prendre des mesures rassurantes. Comme il a été décrété dogmatiquement que faire faillite ne rassure pas les marchés, il est vrai qu'il ne reste comme mesure à prendre, pour cet État, que la mise en œuvre d'une politique d'austérité. Après tout, c'est comme pour vous et moi, non? Lorsque je contracte une dette, je dois accepter, dans le cas où j'ai du mal à rembourser, de réduire mon train de vie, voire qu'on fasse des saisies sur mon salaire, ou qu'on vende certains de mes biens, pour payer mes créanciers. Or, le bien de l'État, c'est vous et moi, l'impôt, la Sécurité sociale, les pensions, les services et les biens publics. Quoi de plus normal, donc, que ce soient vous et moi qui payions quand arrive, pour un État qui a vécu au pays des merveilles, le jour de régler les comptes? Une des plus grandes failles, dans cette logique, c'est justement l'association que l'on fait entre l'individu et l'État. Car contrairement à vous et moi, l'État a le droit de créer l'argent. Pour la plupart des États européens, ce droit est constitutionnel, régalien. La crise, qui voit les États devoir secourir financièrement les institutions financières et se trouver à ne devoir gérer que ce qui ne rapporte pas de bénéfices, démontre bien que l'argent est avant tout un bien public avant d'être un bien privé. Au Luxembourg, c'est l'article 39 qui le dit: «Le Grand-Duc a le droit de battre monnaie en exécution de la loi.» Cela signifie que, dans les démocraties modernes, les États sont souverains pour gérer la création monétaire. Rien n'empêche donc un État de créer l'argent nécessaire pour payer ses dettes. D'ailleurs, rien n'empêche un État de financer des projets démocratiquement choisis avec de l'argent qu'il s'est créé lui-même pour cela. Imaginez, dès lors, le nombre de politiques possibles! David Broman