Le Jeudi: Souvenirs à l'index Souvenirs à l'index ================================================================================ Marina on 2012-01-26 17:29:00 Depuis un mois, le Premier ministre vend la décision de moduler l'index comme un acte de courage face au péril de la crise. La dramaturgie de ses interventions laisse toujours une place de choix à l'évocation de 1982, année de la première modulation de l'adaptation de l'échelle mobile des salaires, décidée par le gouvernement contre l'avis des syndicats, et qui avait mené à une grève générale. En évoquant, dans un souffle, la profonde crise sidérurgique des années 80 et la crise économique mondiale à laquelle doit faire face le Grand-Duché, Jean-Claude Juncker joue tout de même avec le feu. Rappelons que la loi du 8 avril 1982 fait suite à une dévaluation surprise – le Luxembourg n'avait pas été consulté – de 8,5% du franc belgo-luxembourgeois. Le texte en question limitait l'indexation des salaires à deux tranches pour l'année 1982, au 1er septembre et au 1er décembre. Un second texte, quelques mois plus tard, fixait trois tranches pour 1983. La fameuse loi englobait d'ailleurs bien plus que la modification de certaines modalités d'application de l'échelle mobile des salaires avec des mesures de maintien dans l'emploi, des coupes dans l'indemnisation des chômeurs, l'instauration d'une contribution nationale d'investissement de 5%... Le parallèle est hasardeux. Les syndicats l'évitent d'ailleurs soigneusement. Ce qui n'empêche pas Juncker, arrivé au gouvernement en 1984 et admirateur avoué de ses pairs, de s'en inspirer pour prendre et justifier sa décision. Même si l'ancien ministre des Finances aurait préféré plafonner l'index plutôt que de jouer sur les échéances de paiement. Peut-être l'Etat y aurait-il gagné plus? Les auteurs du projet de loi – au ministère de l'Economie et du Commerce – estiment la réduction du coût salarial réalisé d'ici 2014 à 443 millions d'euros, dont 79 millions pour le secteur public. Le plafonnement à 1,5 fois le salaire social minimum aurait touché de plein fouet les traitements de la fonction publique. La commission parlementaire, dans son rapport, précise que le dispositif «contribuera à donner un certain répit aux entreprises et accessoirement aux finances publiques». Accessoirement... Principalement, cela irrite au plus haut point les syndicats qui se sont organisés en front commun. Pour autant, le vote est acquis ce 26 janvier à la Chambre. A l'attention des députés, a prévenu Juncker au fil de ses discours, «je ne vois pas d'autre option que celle que le Parlement donne son accord». Car «on ne peut pas continuer à faire comme si rien ne s'était passé dans le monde et au Luxembourg». Le gouvernement ne pourra pas non plus faire comme si rien ne se passait actuellement au niveau syndical. Surtout avec une réforme du système des pensions en embuscade. Sans oublier que les «patrons» ne sont pas beaucoup plus satisfaits, eux qui réclamaient un moratoire de deux ans du système d'indexation, voire un plafonnement. Il n'y aura pas que les budgets de l'Etat qui seront tendus jusqu'en 2014. Laurence Hraf