«Une loi, vite et sans exceptions!»
Les 25-34 ans restent les plus nombreux à fumer
Encouragée par les résultats de son enquête annuelle, la Fondation cancer exige une interdiction de fumer généralisée dans les cafés et les discothèques.
«Chacun est libre de fumer», plaide la directrice de la Fondation cancer, Marie-Paule Prost-Heinisch, «à condition de ne pas mettre en danger la santé d'autrui». Fumer, selon le sondage réalisé en 2011 par TNS-Ilres, ne serait d'ailleurs plus à la mode: 22% de l'échantillon représentatif de la population fumait, 2 points de moins qu'en 2010 et le résultat le plus bas depuis la première enquête annuelle en 2001.
Les fumeurs quotidiens, représentaient 17% de la population (18% en 2010). Les hommes sont les principaux responsables de cette baisse.
Ils fument toujours plus que les femmes (24% contre 20%), mais sont 3% de moins qu'en 2010 à consommer du tabac.
Très encourageants sont aussi les résultats chez les 18-24 ans, qui passent de 29 à 25% de fumeurs alors qu'en 2003, ils étaient encore 52%.
En revanche, les 25-34 ans ne décrochent pas vraiment et stagnent à 29%.
Une population jeune, qui aime sortir et faire la fête... la population cible de la revendication d'un bannissement total de la cigarette dans les cafés et discothèques.
Surtout que 58% des fumeurs veulent s'arrêter et que 15% veulent diminuer leur consommation. S'y ajoutent les 84% – là encore un record – de la population qui se dit gênée par la fumée, dont 65% des fumeurs.
«Ces chiffres sont importants pour les politiques», estime Marie-Paule Prost-Heinisch qui calcule que sur 422.000 résidents de plus de quinze ans, 329.000 sont non-fumeurs et 353.000 sont indisposés par la fumée. «Les 25.000 qui sont satisfaits de leur état tabagique sont un petit nombre qu'on entend beaucoup», déplore la directrice.
Mais elle répond volontiers aux arguments des opposants à la loi que l'on dit imminente alors que le gouvernement a donné son feu vert pour l'élaboration d'un projet de loi depuis le 29 avril 2010.
Laisser le libre choix aux tenanciers: «C'est ce qui est actuellement en vigueur. Et combien de cafés non-fumeurs avez-vous vus? C'est tout à fait exceptionnel. Il faut mettre tout le monde à la même enseigne pour éviter toute discrimination. Les exemples de la Belgique et de l'Espagne ont montré que ça ne marche pas. Les exemples positifs sont l'Irlande et l'Italie avec une interdiction totale.»
La liberté de l'un...
Autoriser les exceptions avec des salles réservées aux fumeurs ou des ventilations spéciales: «Ce n'est pas une solution. Le serveur qui travaille dans cette salle fumeurs est exposé au tabagisme passif. De même, sur un groupe de dix jeunes, s'il y a ne serait-ce qu'un fumeur, tout le monde va dans la salle fumeurs. Les ventilations spécifiques, très coûteuses, n'apportent pas grand-chose.»
Respecter la liberté individuelle: «Cet argument est nul pour moi. La liberté de l'un s'arrête là où commence celle de l'autre. Il faut penser à ceux qu'on expose au tabac. La loi est là pour protéger les gens. Chacun fait ce qu'il veut de sa santé et peut fumer, s'il est informé sur les dangers.»
La perte de convivialité: «Il faut aussi penser à tous ceux qui ne vont plus dans les cafés à cause du tabac... et qui reviendraient. La clientèle est demandeuse. En 2010, 72% des jeunes étaient en faveur d'une interdiction.
Je ne comprends pas bien les craintes de l'Horesca car il peut y avoir des retombées positives à une interdiction. Les exemples étrangers montrent que c'est possible. C'est un peu facile d'incriminer uniquement l'interdiction de fumer pour les difficultés financières.»
La fondation défend une loi d'abord pour protéger les employés exposés au tabagisme passif. «On ne les entend pas, il n'y a pas de lobby des serveurs», déplore Marie-Paule Prost-Heinisch. «On me dit que la plupart fument. Mais dans ce cas, le tabagisme passif ne fait que multiplier les risques.»
La prévention est aussi un enjeu, pour que les jeunes ne commencent pas à fumer. «C'est déjà interdit à l'école, dans la cour, dans un hall sportif. Où y a-t-il encore des jeunes? Là où on sort. Il est temps que tout cela devienne cohérent.»
Enfin, il s'agit de motiver ceux qui veulent arrêter la cigarette.
«Nous voulons prioritairement et en urgence une législation sur l'interdiction de fumer dans les cafés et les discothèques. Vite et sans exception. Et ne pas dire chaque mois que c'est pour le mois prochain». Février comptant 29 jours cette année, cela laisse un jour de plus au ministre de la Santé, Mars di Bartolomeo.
La Fondation, en tout cas ne relâchera pas la pression et prépare déjà sa prochaine lutte: le tabac dans les entreprises.
Laurence Harf
www.info-tabac.lu
Le dernier numéro de Den Insider est consacré au tabagisme passif.
Cigarette electronique
La cigarette électronique, de plus en plus populaire, n'a pas les faveurs du ministre de la Santé. Dans une réponse parlementaire, il précise qu'aucune étude scientifique ne démontre actuellement son efficacité pour le sevrage tabagique. Elle pourrait même «entretenir et aggraver l'addiction à la nicotine». Son utilisation dans les zones où il est interdit de fumer est d'ailleurs «déconseillée».
Par cigarette électronique, on entend un dispositif électronique qui contient une source de courant électrique, un générateur d'aérosol et une cartouche renfermant un liquide, réchauffé à 65° C afin de produire de la fumée destinée à être inhalée par le fumeur.
Le liquide est composé à 90% de propylène glycol, avec des arômes, de l'éthanol, de la glycérine et parfois de la nicotine à des concentrations variables. «Il semble avéré» selon le ministre, «que la fumée de propylène glycol provoque des irritations au niveau des voies respiratoires lorsqu'elle est inhalée de manière répétitive».
A noter qu'il n'existe pas encore de règlementation nationale ni communautaire à ce sujet.
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