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Le consensus selon Juncker

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La tripartite échouée, le gouvernement prend ses responsabilités. Le report de l’indexation et la manipulation du panier sont compensés par l’aide aux plus vulnérables.


Jérôme Quiqueret  



Un compromis entre syndicats et patronat étant illusoire, faute d’entente ne serait-ce que sur les causes de la crise, le gouvernement a décidé d’agir seul ce 16 décembre et de prendre une série de mesures pour surmonter les nouveaux développements de la crise financière.

L’indexation en fait une nouvelle fois les frais.

Si les syndicats étaient prêts à discuter du retardement de la prochaine échéance au mois d’octobre et même à instituer un délai de douze mois minimum entre le versement deux tranches indiciaires, ils exigeaient une clause de sortie en cas d’embellie de la conjoncture et des compensations.

Or, le gouvernement a décidé de toucher au panier servant au calcul de l’indexation. Mettant en avant des motifs de santé publique, il souhaite retirer le tabac et l’alcool du panier. Les variations des prix du pétrole seront pour leur part neutralisées au-delà d’un seuil qui restera à déterminer.

Les syndicats réservent leurs analyses détaillées à la lecture des projets de loi. En attendant, le gouvernement leur octroie une partie des compensations attendues. Certes, il ne cède pas à la réindexation des allocations familiales actées lors de la tripartite d’avril 2006.

A cette mesure universelle, il préfère à nouveau la fameuse sélectivité, sous forme cette fois d’aides à l’achat de livres et de primes de rentrée. Elle devrait à partir de septembre 2013 représenter un gain de 800 euros par enfant pour une famille au revenu annuel inférieur à 32.000 euros. Du côté de l’OGB-L, ces mesures sont vues comme une lutte contre la pauvreté, non pas comme une politique sociale. Le syndicat des banques, l’Aleba, a déjà dénoncé de «nouvelles mesures antisociales».

Le Premier ministre avance à titre de compensation la réduction de la surprime de cotisation sociale dont doivent s’acquitter les ouvriers. Le taux de ce vestige de l’ère «préstatut unique» passera de 1,1% en 2011 à 1% l’année prochaine, puis 0,5% en 2013 et enfin une «somme quasi nulle» en 2014. Comme l’attendaient les syndicats, le gouvernement a décidé de stabiliser les prix administrés mais aussi d’emprunter la voie d’une tarification sociale pour une consommation de base de l’eau, à mettre en place durant l’année.

De même, le gouvernement leur accorde l’amélioration de la prise en charge des frais dentaires et orthodentaires par la Sécurité sociale et le renforcement de la protection des délégués du personnel contre les licenciements, à défaut de la réforme attendue de la cogestion.

240 millions aux patrons 

Pour les syndicats, la sortie du tabac et de l’alcool du panier comme l’aide nouvelle aux plus démunis rendent la critique des mesures plus périlleuse. Le patronat s’en tire avec une économie de 240millions d’euros par le seul report de la tranche indiciaire de mars à octobre prochain. L’Etat y économise 50 millions. Les patrons ont eu aussi en partie gain de cause pour ce qui est de la modification des conditions d’accès au contrat à durée déterminée. Par contre, celle-ci se limitera à des secteurs spécifiques, «lorsqu’il s’agit de recruter des experts internationaux», a cité en exemple Juncker, tandis que les bas salaires ne seront pas concernés.

«L’ensemble du gouvernement ne veut pas aller dans la direction d’un assouplissement du droit du travail, a souligné le Premier ministre. Le contrat à durée indéterminée doit rester le contrat type.» Juncker laisse une porte ouverte pour la prise en charge d’une partie du salaire pour le réemploi d’un chômeur de longue durée. Mais elle serait conditionnée à la perspective d’un CDI.

Cette décision n’aura «qu’un impact très limité sur les entreprises et ne constitue en rien un élément pour permettre le maintien de l’emploi et faciliter l’insertion de demandeurs d’emploi», juge dans un communiqué la Fédération des industriels luxembourgeois. Elle dénonce des mesures «largement insuffisantes pour redresser la situation compétitive des entreprises».

Le débat se poursuivra par ailleurs à la Chambre des députés. Le projet de loi sur le report de l’index est déjà prêt et serait voté dès janvier. Le DP a dénoncé à nouveau «l’absence de stratégie cohérente de croissance»; Déi Lénk, le fait que «la crise [soit] encore portée par le salariat».

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