Indexation: l'épreuve de force
Levée de boucliers. Le dialogue social vole en éclats sur la dépouille de l'index.
Aujourd'hui, jeudi, les députés se penchent sur l'avis que le Conseil d'Etat vient d'émettre sur le projet de loi sur la modulation de l'index, modulation envisagée par le gouvernement, socialistes y compris, et soutenue par le patronat et la Chambre de commerce.
Mais certainement pas par les syndicats, la Chambre des salariés, la Chambre des fonctionnaires et employés publics (CHFEP), l'Union des consommateurs. Qui ruent tous dans les brancards, mettant notamment en exergue cet argument gouvernemental selon lequel le «dispositif contribuera à donner un certain répit aux entreprises et accessoirement aux finances publiques».
On retiendra que le Conseil d'Etat regrette ne pas trouver dans l'exposé des motifs du projet de loi une «analyse plus fine relative à l'évolution du coût de la main-d'œuvre et en particulier à la compétitivité du coût du travail».
On se rappelle que le gouvernement, puisque la tripartite avait lamentablement échoué, avait choisi, mi-décembre, de la jouer en solitaire, approuvant, en dehors de tout consensus, cette fameuse modulation de l'échelle mobile des salaires et des traitements. «Une conception assez particulière de la notion de dialogue social», ironise la CHFEP.
Quid? Le gouvernement prévoit, d'abord, le report au mois d'octobre 2012 de l'application de la prochaine tranche indiciaire, prévue dès mars; ensuite, un délai minimal de douze mois entre l'application de deux tranches indiciaires (une par an maximum), ce jusqu'en 2014, sauf embellie économique; enfin, le retrait de l'alcool et du tabac du panier des produits de référence. S'agissant des produits pétroliers, hormis le mazout de chauffage, le gouvernement propose d'instaurer un seuil à partir duquel l'augmentation des prix n'aura plus d'effet sur l'indexation des salaires. S'il est adopté par les députés, le «plan» gouvernemental générerait une économie de 50 millions pour l'Etat, de quelque 240 millions pour le patronat, somme qui échappe partiellement aux salariés.
«Tous ensemble»
Toujours est-il que le président Bodry (LSAP) souligne que le gouvernement qu'il soutient n'adopte pas la voie de l'austérité, puisque le pays est encore à même de réserver 450 millions par an pendant trois ans pour assurer l'indexation automatique. Il n'empêche, c'est la levée de boucliers, tous azimuts. Les syndicats se retrouvent pour tenter d'infléchir le monde politique et empêcher le vote du projet (le 26 janvier). Ils ont pris leur plus belle plume pour indiquer à l'ensemble des parlementaires les raisons de la colère. Jean-Claude Reding voit dans le texte l'arrêt de mort du système luxembourgeois, qui, maintenant le pouvoir d'achat, garantit aussi la paix sociale. Une telle manipulation, dit le président de l'OGB-L, va provoquer des pertes irrécupérables. Il ne s'agit pas d'une mesure de crise, dit-il en substance, mais d'une modification structurelle du système d'indexation. L'Aleba (Association des employés de banque et d'assurance) refuse le package, jugé antisocial. Pour renforcer l'indexation, elle grossirait volontiers le panier plutôt que de l'alléger. Côté fonction publique, la CGFP fait un saut dans le passé, rappelant qu'une première mouture de l'indexation remonte à 1921. Autre époque phare mise en exergue, les années inflationnistes 1972-1976, au cours desquelles les salaires et autres allocations ont bondi à 16 reprises. Tout cela pour conforter le dialogue social alors que la version imaginée par Juncker fait de l'index «une coquille vide» que, dit la CGFP, les parlementaires ne peuvent en aucun cas adopter.
Déi Lénk n'est pas en reste. Comme les communistes, elle soutient le monde syndical et convie à une conférence-débat (à la Maison du peuple d'Esch-sur-Alzette, le 24janvier, à 20.00h) à laquelle devraient participer les ténors de la contestation, Jean-Claude Reding (OGBL), Patrick Dury (LCGB), Romain Wolff (CGFP), Marc Glesener (Aleba), Guy Greivelding (FNCTTFEL), Marco Thomé (FGFC) et Serge Urbany (député déi Lénk). Le thème du jour: «tous ensemble pour l'index».
La Gauche aura-t-elle plus de succès que les syndicats qui souhaitaient un large débat avec les parlementaires? Leur invitation a fait long feu: seuls, lundi, une poignée de députés participeront à l'échange.
Michel Petit
Et les Grecs?
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