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Fréquentée par la bande à Reuland…

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Geiben, Reuland, Stebens, Schockweiler, Nettgen... Au faîte de l'Etat, ils sont «la génération Bommeleeër»


 
Ils choisissent Saint-Cyr, en France. Et plus encore l'ERM, l'Ecole royale militaire, à Bruxelles. Ainsi, sorti en 1974, Ben Geiben, suspect à ses heures des attentats attribués au Bommeleeër. Ou encore Pierre Reuland, dont on peut se demander, dans la foulée du procureur Robert Biever, s'il n'a pas fait tout ce qu'il fallait pour que l'enquête n'aboutisse pas.
Reuland (sorti en 1978) et l'un ou l'autre de ses acolytes (sortis en 1979 et 1981) ont-ils été inspirés par des méthodes et un discours bien peu recommandables qui régnaient à l'époque à l'ERM?
Tous ces anciens de l'ERM, de «la génération Bommeleeër», occupent ou ont occupé les postes clés de l'Etat, tout au moins pour ce qui touche à la sécurité et au maintien de l'ordre.
Tous, pendant «les années de plomb», ont baigné dans cette ambiance de la guerre froide, de la peur du communisme, d'Action directe, des tueries du Brabant, des Brigades rouges, des armées discréditées, d'une autorité remise en cause…
Beaucoup ont été tentés, voire davantage, par des idées très droitières en réponse au «péril rouge» et aux dictatures qui sévissaient encore à l'Est. Ils ont été approchés par des officiers belges, au sein même de l'ERM, soucieux de recruter de jeunes candidats officiers pour des mouvements d'extrême droite, activistes parfois.
L'extrême droite à l'ERM et à l'armée, des canulars? Témoignent de ce courant nauséabond, des centaines de procès-verbaux rédigés dans le cadre de l'enquête sur les tueries du Brabant (relancée aujourd'hui) et sur l'attaque de la caserne de Vielsalm (perpétrée lors d'une manœuvre militaire belgo-luxembourgeoise avec les «Special air forces» américaines, au début de la vague d'attentats du Bommeleeër). Ou encore, ces P-V dressés lors d'une enquête parlementaire belge sur Gladio (réseau souterrain supervisé par l'Otan) et le fonctionnement de la gendarmerie, de la police, de la sûreté de l'Etat de l'époque.
Un exemple: «Un agent judiciaire (…) qui a suivi un entraînement avec les "special forces US" (opérations de sabotage et de commandos en pays ennemis); ce dernier note des analogies entre cet entraînement et certains faits du Brabant wallon (…). Il signale des réunions, dans les années 70, inspirées par une idéologie d'extrême droite.»
A cette époque, un «groupe A» (proche du Front de la jeunesse belge, d'extrême-droite) sévissait au sein de l'armée et de l'ERM. L'un de ses membres actifs (il fut d'ailleurs condamné en Belgique pour meurtres), qui détenait des armes au sein de l'Ecole, «aurait cherché à entraîner dans un groupe spécial des élèves de l'ERM».
S'ajoutaient des groupuscules para-militaires «devant s'entraîner à l'étranger (et) créer une atmosphère de terreur afin de déstabiliser l'Etat».

«Idéalistes»

F., l'un des fondateurs du Front de la jeunesse (il fut détective à Luxembourg) ironise aujourd'hui: «Tous les élèves de l'ERM étaient chez nous. A part sans doute le Prince Philippe.» Parole gratuite, certes, mais qui traduit malgré tout le climat d'alors.
A noter que le Prince Philippe en question a terminé sa formation militaire en 1980, en même temps que les Luxembourgeois Bombardella, Greisher, Nurenberg, Pissinger, Moes et Reinig.
Semble-t-il, Philippe eut pour aide de camp, un officier qui, alors qu'il était à l'ERM, fit l'objet d'une enquête, précisément en raison de son appartenance supposée au Front de la jeunesse.
Quant à la gendarmerie, elle était noyautée par le groupe G dont le but premier «consiste à former un noyau d'hommes résolus au sein du corps de gendarmerie, seul organe de police nationale... Il nous faut un régime fort et des hommes compétents aux rênes du pouvoir».
Ce groupe G s'immisçait directement dans les enquêtes chaudes. Ainsi, ce gendarme du groupe G devint-il le secrétaire du chef d'enquête sur les tueries du Brabant. On se croirait un peu au cœur même de la brigade mobile de gendarmerie que conduisaient Pierre Reuland et Guy Stebens.
Ces jeunes officiers luxembourgeois ont entendu parler (ou entendu tout court) le major belge J-M Bougerol chargé du PIO, le Public Information Office, créé en 1974, disposant d'une branche militaire et d'une autre civile. Les missions: infiltration et utilisation d'associations et de groupes comme l'aile droite du parti chrétien-social (B), conférences au Front de la jeunesse, conférences anti-communistes…, pour tenter de redorer le blason de l'armée et de la gendarmerie. Redorer le blason et, mieux encore, lui donner d'autres moyens.
Ce que, selon la thèse du procureur Biever, recherchaient les «idéalistes» Bommeleeër.
C'est vrai que Biever parle des Bommeleeër comme d'idéalistes, non des terroristes.


Michel Petit 

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