En attendant le président
Le congrès national du DP n'avait rien d'anodin. Le parti mettait en scène la prise de pouvoir de Xavier Bettel qui n'interviendra que l'année prochaine
Mis à mal suite à deux échéances législatives peu concluantes, le DP s'accroche aux branches qui le retiennent dans sa chute.
Ce frein, ce sont les élections communales de l'automne dernier qui donnent satisfaction et l'arrivée de Xavier Bettel à la tête de la capitale. Champion des sondages, il n'y a guère plus que Jean-Claude Juncker qui résiste à l'ascension du jeune loup libéral de 39 ans.
Quoi de plus logique donc pour les libéraux que de vouloir confier à «Xavier» la présidence, laquelle devra porter haut les couleurs du DP pour le combat législatif de 2014.
Mais, l'intéressé le soulignaitlui-même lors de ce congrès, la présidence du parti ne changera que l'année prochaine. Claude Meisch, par ailleurs président du groupe parlementaire, conservera la tête du parti jusque-là. C'est donc encore à lui qu'incombe la tâche de porter la bonne parole du parti.
Laquelle s'inscrit dans la droite ligne de ses réactions à la déclaration sur l'état de la nation du Premier ministre le 8 mai. La coalition CSV-LSAP en prend donc pour son grade: «Dans un monde qui change, les problèmes deviennent plus complexes. Une seule chose ne change pas, c'est la politique du gouvernement.»
Le gouvernement admet ses échecs sur le logement, le chômage ou la simplification administrative mais, ne peut pas se dédouaner en invoquant la crise car «les problèmes n'ont pas été générés par la finance internationale mais sont concoctés à la maison». La confiance est donc perdue. «Le "sëchere Wee" (NDLR: le chemin sûr, slogan électoral du CSV) ne nous a menés nulle part. Le modèle CSV-LSAP est un modèle qui marche quand tout va bien et quand les caisses sont pleines. Mais lorsque les marges financières se font plus étroites, l'édifice s'écroule. Juncker pour le Luxembourg est en bout de course.»
Humaniste
L'opposition ne fonctionne toutefois pas sans propositions. Le DP s'offre un nouveau «packaging» et entend tracer «le chemin à prendre» avec un «discours honnête».
Claude Meisch dévoile ainsi son paquet pour l'avenir et la manière de l'aborder. «Les vieilles théories, les vieux schémas, ce sont de vieilles réponses. Face aux problèmes nouveaux, cela ne marche pas. Nous ne devons pas être les observateurs passifs de la catastrophe, la rhétorique d'opposition ne suffit pas.»
Un discours honnête selon Claude Meisch, cela veut dire qu'il faut faire «les efforts nécessaires». L'alternative proposée par le DP met l'Homme au centre des préoccupations, avec «une politique basée sur les valeurs libérales, la justice et l'efficacité. L'économie de marché, oui mais il ne faut pas oublier l'Homme. La loi de l'offre et de la demande ne marche pas sans l'Homme. Le marché, c'est l'Homme, il fonctionne selon les règles faites par lui».
Accent humaniste et qui, d'un point de vue économique, fustige l'austérité et loue la croissance comme il est de bon ton actuellement.
Selon Claude Meisch, «avec une logique de comptable, les gens ne suivent pas. Les réformes structurelles sans perspectives ne fonctionnent pas. L'austérité seule, sans l'Homme, ce n'est pas notre politique».
La tâche pour le Luxembourg risque d'être ardue. Et il va falloir «faire plus avec moins». Car «les faits sont là, 1 milliard de nouvelles dettes et des intérêts de 330 millions à rembourser annuellement».
Faire plus avec moins, cela passerait par exemple par une réforme fiscale en profondeur, débarrassée une fois encore de cette «mentalité de comptable».
On propose ainsi la fiscalité individuelle avec l'annulation des classes d'imposition, de différents abattements.
Les entreprises ont évidemment un rôle prépondérant dans l'objectif d'un retour à la croissance car «une société sans croissance est une société sans avenir».
Des entreprises qui se voient pourtant attribuer le mauvais rôle par le Premier ministre, lequel se laisse prendre par une verve «populiste», un discours «dégoûtant», sermonne Claude Meisch avant de conclure que le «premier avantage compétitif pour un pays, c'est un gouvernement qui n'est pas hostile à l'économie». Un gouvernement, estime-il, dont le DP serait partie prenante…
Olivier Tasch


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