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L'été aussi sera «érable»

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Le modèle québécois est-il soluble dans le néolibéralisme? De Montréal à Québec, la rue continue à en douter.




C'est un îlot de francophonie au cœur de l'Amérique du Nord. Sa différence n'est pas que culturelle. Le Québec, la «belle province», est resté attaché à un modèle social que l'on classerait plus à gauche que ses voisins, convertis peu ou prou aux idéologies néolibérales.
Aussi, quand, en février dernier, le gouvernement québécois décide d'augmenter les droits d'inscription à l'université, les étudiants s'affolent. Car, au fond, qu'attend-on au minimum de l'Etat providence? «Qu'il prenne en charge la défense et l'éducation. Point!» dirait ce libertaire pourtant partisan d'un Etat modeste.
Indispensable éducation... mais à quel prix? Quand on touche aux études supérieures, dans cette province dont une grande partie de la population a pu accéder à l'université depuis des générations, on enflamme un nerf très sensible.
La génération actuelle d'étudiants, plutôt paumée quand elle considère les perspectives économiques, sait au moins qu'on peut s'indigner.
Boycott des cours, piquets, manifestations: les jeunes lancent le 13février ce qui deviendra la plus longue grève d'étudiants de l'Histoire du Québec. Ils sont 310.000 à y participer. Ils envahissent aussi la rue pour protester contre la décision de l'Etat. Le 22 mars, à Montréal, une grande marche réunira des dizaines de milliers de personnes. Du jamais-vu.
Pourquoi, au juste? Pour lutter contre l'augmentation progressive de 1.625 dollars canadiens, phasée sur cinq ans, des droits d'inscription. Ceux-ci passeraient, en gros, de 2.000 à 3.000 euros. Et c'est précisément ce que les autres provinces canadiennes imposent déjà. Quoi? Une révolution pour un petit rattrapage...
Tout est question de tendance. En augmentant progressivement le coût des études universitaires, on en restreint progressivement l'accès. Le spectre de voir les élites se réserver à terme l'accès à l'éducation fait pâlir ces parents qui ont déjà dû s'endetter eux-mêmes pour achever leur cursus. Le projet du Premier ministre libéral Jean Charest vaut bien une réaction, ne serait-ce que pour le principe.

La loi matraque


Mais le dialogue ne prend pas. Le message du peuple est mauvais? Il suffit de le faire taire.
Dépassé par l'ampleur du mouvement populaire et par la gestion des manifestations répétées, le gouvernement promulgue une loi de circonstance, la loi 78 du 18 mai 2012. Les opposants la qualifieront de «loi matraque». Elle donne un cadre aux forces de l'ordre pour éliminer les piquets de grève, et restreint la liberté d'association des étudiants. Et même si les forces de l'ordre font preuve d'une relative souplesse, la confrontation se muscle. Dans la nuit du 23 au 24 mai, 700 personnes seront arrêtées lors d'une manifestation.
Des avocats critiquent la nouvelle loi. Les professeurs d'université demandent des états généraux de l'enseignement. Les adultes manifestent de plus en plus leur solidarité. Le mouvement a fait tache d'huile.
Chaque soir, dans plusieurs villes du Québec, des manifestations s'organisent au son des couvercles de casseroles.
La semaine dernière, les négociations entre les étudiants et la nouvelle ministre de l'Education, Michelle Courchesne, ont échoué. Les cours ont été suspendus dans les universités en grève. Ils doivent reprendre en août, les examens se dérouler en septembre, et la nouvelle année commencerait en octobre. Pour autant que le conflit soit réglé. L'été québécois sera chaud et bruyant. C'est la promesse du noyau dur des manifestants, qui ont pris le parti d'occuper la rue tant que le gouvernement québécois ne céderait pas à leurs revendications.
Pourtant, certaines universités, anglophones principalement, ont continué à fonctionner. Un mouvement des «étudiants socialement responsables» s'est même positionné pour la hausse des frais de scolarité. Et est descendu lui aussi dans la rue... pour réclamer l'accès aux cours.
Dans le reste du Canada, on ne cache pas son exaspération contre ces Québécois dont l'identité paraît si coûteuse à la nation: «Je peux comprendre pourquoi ils manifestent. Mais même après l'augmentation, ils paieront toujours moins que nous pour aller à l'université», lâche un étudiant de Toronto.
«Le Québec a un devoir, celui d'évoluer dans la social-démocratie qu'il a construite», rétorque la romancière Perrine Leblanc. Le «printemps érable», ce n'est pas seulement la colère d'une génération déboussolée à laquelle l'Etat répond de façon brutale. Il pose la question des choix qui se présentent à nos économies en difficulté à l'heure de boucler leurs budgets: toujours moins d'Etat, c'est la spirale vers une disparition de la solidarité. Et quelle est l'utilité d'un Etat s'il n'est pas solidaire?
Le principe de l'utilisateur-payeur que Charest veut appliquer, même très modérément, à l'université ne passe tout simplement pas chez ceux qui rêvent qu'il y ait d'autres voies que le néolibéralisme pour guider la société. Dans leurs critiques, les professeurs mettent d'ailleurs en garde le Premier ministre contre sa vision trop entrepreneuriale de l'école.
On se demandera naturellement si la lutte des étudiants est représentative de la lutte du peuple québécois dans son ensemble. Le mouvement a en tout cas reçu le soutien du Parti québécois, actuellement dans l'opposition, mais bien placé dans les sondages.
Pour faire sauter le blocage, le gouvernement pourrait être tenté d'anticiper les élections générales à l'automne prochain. Traditionnellement, les jeunes participent peu aux scrutins. Pris par le jeu démocratique, ils comprendront peut-être l'utilité d'y prendre part massivement et d'entrer de plain-pied dans la citoyenneté responsable.
Dans le cas contraire, le vote se transformerait en plébiscite pour Jean Charest, «gestionnaire responsable» face à une bande d'agités. Une bonne raison pour continuer à faire entendre sa voix... dans les urnes.


Thierry Nelissen 

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Rita Jeanty sur 2012-06-08 10:16:00
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moie Batty, suguer di lëtzebuergesch Press schreiwt iwert iech di iwer
decke Kuss
Rita
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