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Cette lancinante odeur de fonte en fusion

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Pour le commun des visiteurs, c'est un chantier, certes impressionnant.

Pour le petit groupe d'anciens qui les accompagne, c'est un bouillonnement de bruits, et d'odeurs inscrits dans leur mémoire.
 
«Je travaillais là-haut, indique Robert d'un index assuré. Après l'ascenseur, il restait 152 marches à gravir. J'étais chargé de mesurer le monoxyde de carbone avec un détecteur. S'il y en avait trop, on prévenait les ouvriers. Grâce à nous, il n'y a plus eu d'intoxiqués dans les hauts fourneaux d'Esch.»
 
«Je vous assure qu'à simplement regarder ces tours, j'en sens encore les odeurs, j'en entends encore le bruit. Le travail ici était dur! Cela renforce la solidarité, comme dans une famille. C'est pour cela aussi qu'on est ému de se retrouver sur ces lieux.»
 
Robert, qui a passé 32 ans de sa vie sur le site, pensait bien remonter à son poste en ce vendredi de juin. Las, les travaux sont en cours, et rien n'est encore prévu pour permettre au grand public d'approcher du défunt haut fourneau.
 
Si le Fonds Belval ouvre régulièrement les portes du chantier qu'il administre, c'est pour rendre compte de l'état d'avancement de sa mission. Deux hauts fourneaux, conservés partiellement, doivent servir de témoins de l'époque industrielle. Autour d'eux s'édifie la cité universitaire. Viendra aussi se greffer le Centre national de la culture industrielle, quand les perspectives budgétaires de l'Etat seront meilleures.
 
Au pied des hauts fourneaux A et B, les travaux de la bibliothèque universitaire pourraient commencer à la fin de cette année 2012. Cette «Maison du livre» accueillera 800.000 volumes et 1.000 places de travail pour les lecteurs. Elle occupera le volume d'une partie de l'ancienne Möllerei, la halle géante qui flanquait les hauts fourneaux.
 
Le temps est donc compté pour nettoyer le site et réhabiliter les anciennes structures. Fin 2013, l'esplanade, à leurs pieds, doit être accessible au public, les bassins remplis d'eau refléter les témoins monumentaux de la sidérurgie.
 
Pour conserver les anciennes constructions industrielles, il a fallu faire preuve d'imagination et expérimenter des techniques alliant pérennité et souci esthétique.
 
De tous les éléments métalliques, par exemple, on a voulu garder la patine. Ils ont été divisés en deux classes: ceux qui recevraient un vernis transparent, servant uniquement à protéger leur apparence, et ceux qui seraient recouverts d'un vernis pigmenté, uniformisant leur couleur sans camoufler leur âge.
 
Si la tour du haut fourneau B apparaît aujourd'hui bardée de bâches, c'est parce que les peintres sont à l'ouvrage pour sabler tuyaux et rambardes et les repeindre. Le confinement permet de récupérer les poussières de l'ancienne peinture, chargée de plomb, et de l'emmener en traitement. Inutile de préciser que les ouvriers sont protégés de pied en cap.
 
Pas de sablage en vue pour le fourneau principal: son épaisseur devrait lui permettre de résister à la corrosion pendant... plusieurs siècles. Les fondations en béton des deux tours sont quant à elles progressivement entourées d'un voile de béton. Il doit suffire à stopper les dommages dus à l'exposition à l'air et aux intempéries. Et à conférer une apparence acceptable aux édifices.
 
Gilbert, pensionné de l'Arbed depuis 1990, espère vivre assez pour voir le chantier terminé. «Je n'aime pas trop le mélange du neuf et de l'ancien. Et il y a eu polémique, à laquelle je souscris, sur la conservation du B plutôt que le A. Mais maintenant, il faut terminer.»
 
Ce que concède aussi Joseph, qui a vécu la fin du HFB, en 1997: «Il ne faut pas voir ce site comme un musée. Quel merveilleux témoignage pour les prochaines générations_ C'est un morceau de mémoire... dans un milieu de vie.»



2002. Création du Fonds Belval, qui sera maître d'œuvre des transformations sur la Terrasse des hauts fourneaux.
 
2004-2005. Sécurisation du site et travaux de première urgence.
 
2005. Le conseil de gouvernement choisit l'option de conservation «Les monuments dans la cité». On conserve les éléments significatifs du HFA et la silhouette du HFB. Les vieilles structures devront s'intégrer dans un espace de vie, pas un musée.
 
2006-2009. Démantèlement des éléments inutiles par rapport au scénario.
 
2010. Début de la restauration des éléments conservés. La grande cheminée en pierre est la première à sortir du bain de jouvence.
 
2013. Fin programmée de la réhabilitation et ouverture de l'esplanade au public. Pour la visite du haut fourneau A, il faudra attendre la réalisation du Centre national de la culture industrielle, auquel il est intégré.
 

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