La guéguerre des taxis
Le manque de transparence quant au prix réel d'une course. C'est l'argument commun de tous ceux qui souhaitent réformer le secteur des taxis au Luxembourg.
C'est le cheval de bataille du bourgmestre libéral de la capitale, Xavier Bettel. Qui, au nom de l'ordre et de la transparence, a mis en place sur le territoire de Luxembourg un «ecolabel». Le double objectif étant de réduire les émissions de CO2 et le prix des courses.
Cette initiative, approuvée par le conseil communal le 9 juillet, n'est pas la seule. La société Emile Weber lance le 16 juillet ses «webtaxis»(www.webtaxi.lu). Pour se faire, le transporteur a pris 49% des parts du numéro deux du secteur, Benelux Taxi, pour un montant tenu secret.
Pour séduire dans un marché très concurrentiel, les webtaxis jouent également la triple carte de l'environnement, de la transparence et de l'économie. Ainsi, la flotte se veut écologique en s'équipant de Toyota Prius hybrides.
La tarification sera transparente: on connaîtra d'avance le prix d'une course dès la réservation. Avec un objectif affiché de baisse des coûts de 30%.
Pour autant, cela ne concernera que les véhicules hybrides – qui ne constituent que la moitié de la flotte des 40 «webtaxis» – s'ils ont été réservés par téléphone ou par internet. Un webtaxi hélé dans la rue à l'ancienne sera facturé également à l'ancienne...
«Tout le volet prix de cette nouvelle offre relève du marketing», avoue Jaime Gonçalves, le patron de Benelux Taxi. Pour qui, plus que les consommateurs, le projet cherche à séduire les professionnels via la mise à disposition d'une centrale de réservation dernier cri. Avec la volonté de bâtir un réseau de franchisés et donc de consolider le secteur.
L'Automobile Club n'est pas en reste. Sur le même créneau, elle lance, ce 16 juillet également, son service Yellow Cab (www.acl.lu).
Frank Schmit, responsable du service aux membres insiste: il ne s'agit pas d'une nouvelle compagnie de taxis mais d'un «service de mobilité flexible» réservé aux 170.000 membres de l'association. Un service délivré par des professionnels «indépendants». Principalement par Inter-Taxis, le numéro trois du secteur avec 40 véhicules et 70 collaborateurs.
Pour adhérer au système, ouvert à tous, les taxis doivent signer une charte de qualité. En contrepartie, ils bénéficieront d'un ensemble de services délivrés par l'ACL censés réduire les coûts d'exploitation de 40%. Et donc contribuer à une baisse du prix des courses. Quant à la «participation aux frais» payée par le membre utilisateur, elle ira dans les poches du taxi.
Concurrence ou nouveau marché?
Face à l'accusation de concurrence déloyale formulée à couvert par certains professionnels, Frank Schmit réplique que l'ACL ne braconne pas mais crée un nouveau marché, «celui des gens qui ne prennent pas le taxi». A cause de leur mauvaise réputation et du flou des tarifs. L'ACL insiste: cette initiative soutient celle de Xavier Bettel et veut «stimuler le marché». Et enfonce le clou: «Il ne manque plus qu'une réforme réglementaire pour faire des taxis un service répondant aux besoins de mobilité au Luxembourg.»
Même son de cloche du côté de «webtaxi» où l'on reconnaît que si le projet est vieux de quatre ans, les prises de position du bourgmestre de Luxembourg ont accéléré le processus. La balle est dans le camp du ministère du Transport qui devrait, après consultation des professionnels, faire connaître ses premières propositions pour l'automne.
En attendant, le consommateur risque de ne pas s'y retrouver dans ces offres certes séduisantes, mais pas d'un accès facile.
Pour en profiter, il faut en effet réserver. Car à une station de taxis, impossible de prendre le véhicule de son choix.
Selon la fédération des taxis, 190 sociétés sont enregistrées en tant que taxis. Des sociétés de tailles très diverses, l'immense majorité n'ayant qu'un véhicule à exploiter.
A l'opposé, on trouve quatre grands groupes: Colux, Benelux Taxi, Inter-Taxis et Taxis.lu qui emploient entre 50 et 90 salariés chacune. La fédération estime le nombre de véhicules en services à 350.
Rien qu'à Luxembourg-ville, on compte 150 autorisations. Ce sont les communes qui délivrent aux taxis les autorisations d'exercer.
Avec le cas particulier du Findel où les autorisations sont délivrées par le ministère des Transports.
Marc Fassone


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