A cœur de partager
A la découverte des hackers Leur réputation sulfureuse, les hackers la doivent essentiellement à la focalisation médiatique sur la cybercriminalité. Un cliché qu'ils réfutent bien évidemment.
Olivier Tasch - otasch@le-jeudi.lu
Pour s'en convaincre il fallait se rendre à Dudelange autour du home scout envahi le temps d'un long week-end de juillet par des hackers locaux mais aussi des Pays-Bas d'Allemagne, «de Pologne même, en autostop» s'amuse David Raison, membre de syn2cat, l'organisateur de l'événement. Le conciliabule baptisé Haxogreen est «une conférence pour hackers et bidouilleurs en tous genres. On ne se limite pas aux ordinateurs. Il y a cinquante présentations et ateliers. De yoga, de sushis et même de goulasch».
On saluera l'ouverture d'esprit mais pour être exact, l'on se rencontre tout de même ici pour tailler une bavette sur les passions communes que sont la programmation, les systèmes d'exploitation, la cryptographie, la sécurité du net, les composants électroniques… L'univers des hackers est extrêmement vaste, le plus souvent impénétrable au commun des mortels, ce qui crée souvent la confusion, alimente les clichés.
«Un hacker, c'est beaucoup de choses, mais ce n'est sûrement pas quelqu'un qui rentre dans les ordinateurs de citoyens pour y mettre la pagaille ou les détruire», explique David Raison. Les hackers, eux, construisent, prônent la liberté et l'entraide volontaire. Un hacker, «c'est quelqu'un qui veut comprendre les choses jusque dans le fond. Il va analyser un logiciel ou un ordinateur, trouver ses failles, le modifier pour l'améliorer.» Le côté empirique du processus n'est pas à négliger: «Un hacker va d'abord faire, et puis voir si ça marche, quitte à s'y reprendre à plusieurs fois. C'est ce qui le différencie d'un académicien qui va d'abord travailler sur la conception.»
Politisant, voire politique
Les hackers du XXIe siècle sont aussi plus ouverts au monde que leurs aînés qui agissaient sans forcément chercher la lumière. «Nous affirmons volontiers que nous sommes des hackers, car nous définissons le terme plus largement. Ce qui nous motive, c'est de créer quelque chose qui peut être utile à tout le monde. Mais ce n'est pas uniquement altruiste, il y a aussi l'envie de se faire une réputation.»
De l'endurance est donc exigée pour tenir des heures à chercher une solution, des nuits qui filent au rythme des challenges informatiques posés par le code d'un logiciel. Encore une fois, il faut dépasser le cliché, car le hacker pur jus est aussi créatif, artiste même.
«Une belle programmation qui est rapide, effective, utilise peu de ressources et est compréhensible, c'est de l'art. Mais un "hack" ne se limite pas aux ordinateurs ou à internet, il s'agit de trouver une manière élégante, de résoudre un problème complexe. C'est en cela que notre définition est la plus large possible.» Le hacking se déplace d'ailleurs jusque dans l'art contemporain avec le «lazer-tagging», graffitis nocturnes et éphémères projetés sur les immeubles.
Le hacker va donc bien au-delà du cliché du mordu d'informatique en manque de vitamine D à force de ne pas voir la lumière du jour. Au fil du temps, la communauté s'est bâti son propre jargon, ses codes, sa culture. Et un propos politisant, voire politique.
Pour David Raison, on peut affirmer que les hackers s'accordent sur l'idée que «l'information et les outils informatiques sont censés être libres. Cela ne veut pas dire être gratuits, mais pour tous les programmes doit subsister la possibilité de modification». Ce sont notamment les logiciels libres. Car au-delà de la recherche d'informations et d'expertise, le partage des connaissances est un devoir envers la communauté. Cette réflexion s'est déplacée jusque dans le champ politique. L'émergence du parti pirate, principalement en Europe, en est le signe le plus tangible.
Pour les hackers, l'information au niveau de l'Etat doit être décentralisée et transparente. Chacun doit savoir quelles informations sont stockées sur lui et dans quel ministère. Il faut également empêcher les bases de données combinées. Evidemment, le moins de données possibles doivent être conservées.
Pas question pourtant de trop politiser la communauté ou de penser que tout hacker qui se respecte a sa carte du parti pirate. «La plupart ne se mêlent pas de politique et voient tout cela d'un œil suspicieux. Une grande partie d'entre nous se dit anarchiste. Au sens noble du terme, cela veut dire qu'il peut y avoir des règles mais pas de chef ou d'autorité dominante.»
La question de l'anonymat sur le net est évidemment au centre des préoccupations, même des surfeurs les moins aguerris.
Selon David Raison, «il faut d'abord se placer dans le contexte, qui est la conséquence du régime dans lequel on vit. Dans les régimes les plus autoritaires, on va développer des techniques pour s'exprimer, contourner la censure. Chez nous, il est question d'empêcher la sauvegarde de données. Mais il faut savoir que l'anonymat n'est jamais possible à 100%. Pour éviter les problèmes, l'éducation est le seul moyen».


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