Le photovoltaïque n'a plus la cote
Le gouvernement va réduire drastiquement les primes d'injection pour l'énergie solaire. Jugé plus coûteux et au rendement moindre, le solaire verra ses aides chuter au profit d'autres énergies renouvelables.
Sujet en réflexion depuis plusieurs mois au ministère de l'Economie, rigueur budgétaire oblige, les tarifs des aides publiques octroyées pour la production d'électricité sur base d'énergies renouvelables, actualisés pour la dernière fois en 2008, s'apprêtent à connaître du changement.
En se basant sur une analyse de ses services, le ministre de l'Economie, Etienne Schneider fait un constat sans appel. Constat qui touche surtout la filière photovoltaïque, «qui coûte très cher pour un bilan en matière de développement des énergies renouvelables très faible».
«Par comparaison, 1 megawatt/heure (mW/h) produit grâce à l'éolien coûte 14 fois moins cher qu'1 mW/h issu du photovoltaïque, précise le ministre.
Donc pour la même quantité d'énergie renouvelable, nous payons 14 fois plus pour le solaire. Toutes les autres formes sont aussi moins chères.»
Une tendance lourde, que le ministère met en parallèle avec une autre pour justifier sa décision: les prix en «chute libre» des panneaux photovoltaïques, «qui ont diminué ces dernières années entre 45 et 60%, et la tendance se poursuit», ajoute-t-il.
«L'objectif de l'adaptation des tarifs est de produire plus en dépensant moins. J'ai donc décidé de freiner sur le photovoltaïque, en attendant que les coûts baissent, tout en favorisant davantage les autres formes d'énergie renouvelable.»
De quoi diminuer la pression sur le budget de l'Etat, toujours en quête d'économies, mais également, avance le ministère, de quoi limiter l'impact sur les prix de l'énergie renforçant de ce fait la compétitivité de l'économie.
Baisse de 29%
Lors de la dernière réunion du gouvernement avant la pause du mois d'août, le 27 juillet, le ministre a fait adopter par le conseil le 1er règlement grand-ducal d'une série à venir sur l'adaptation des tarifs d'injection pour l'électricité issue de sources renouvelables. Avec, sans surprise, en point de mire l'énergie solaire.
Le texte prévoit ainsi de diminuer la prime d'injection pour l'électricité issue du photovoltaïque de 29%, soit de 372 à 264 euros par mWh, mais uniquement pour les «petites» installations, c'est-à-dire ne dépassant pas la puissance maximale de 30 kilowatts (kW).
Pour toutes celles au-delà, les primes seront annulées.
«Comme nous voulions malgré tout soutenir les personnes privées qui ont en général des installations de 4 kW, nous avons conservé le régime jusqu'à 30 kW», confirme le ministre.
Autre changement: la dégressivité annuelle des primes d'injection passe désormais de 3 à 9%, la durée totale du versement de la prime étant maintenue à quinze ans à partir de la première injection.
Enfin, le règlement prévoit tout de même d'élargir l'application des tarifs à des surfaces dites «imperméables», les surfaces de stationnement ou de circulation, qui, jusqu'à présent, en étaient exclues. Pas de quoi donc satisfaire la filière de l'industrie photovoltaïque, déjà sévèrement mise à mal dans le reste de l'Europe.
Mais le ministre assume. «J'ai rencontré l'ensemble des représentants des secteurs des énergies renouvelables et effectivement, ceux du photovoltaïque n'étaient pas satisfaits. Tous les autres en revanche l'étaient.»
Car ces diverses mesures, qui devraient être d'application au 1er janvier 2013, seront accompagnées d'une deuxième série concernant les autres sources d'énergie renouvelable.
Si les textes dédiés, largement ficelés, seront présentés en septembre à l'issue d'une dernière rencontre avec les acteurs des différentes filières, toutes les autres sources devraient bénéficier d'un coup de pouce non négligeable.
Ainsi, aussi bien l'énergie hydroélectrique, l'éolien, la biomasse et le biogaz (v. ci-dessous) connaîtront une hausse des primes «drastique, qui ira jusqu'à 73%!», promet Schneider, qui préfère ne pas dévoiler plus de détails avant le dépôt du projet devant le gouvernement, début septembre.
Sébastien Meinbach


Postez votre commentaire