L'islam en quête... de reconnaissance
Etat-religion: le vieux ménage doit s'émanciper. Au Luxembourg, la religion musulmane doit toujours collecter pour s'autofinancer, alors que l'aide de l'Etat lui paraissait promise. La faute à une vaste réflexion sur les rapports entre société et culte.
Thierry Nelissen - tnelissen@le-jeudi.lu
Quand le drapeau du Qatar s'agite au-dessus de Bonnevoie, ce n'est pas pour offrir un avant-centre au club de foot local. Le week-end dernier, le Tageblatt annonçait que Qatar Charity, une association du golfe Persique, était prête à débourser 2,2 millions d'euros pour financer la mosquée de Bonnevoie et une école coranique. Les émirs aux portes de la gare! Comment en était-on arrivé là?
L'association islamique Le Juste Milieu (LJM), qui organise le culte à la mosquée de Bonnevoie, réagissait promptement pour rappeler un fait: au Luxembourg, le culte musulman doit s'autofinancer et reste dépendant à 100% des dons. Participation des fidèles, bien sûr, mais aussi dons plus importants venus du pays ou de l'étranger. «Qatar Charity fait partie des organisations internationales que nous avons sollicitées pour financer l'acquisition de notre lieu de prière. Nous attendons de connaître le montant exact du don de cette organisation non gouvernementale. Quel que soit son montant, cela ne signifie en aucune façon que Qatar Charity va acquérir les locaux.»
A deux doigts d'une signature
Administrateur de LJM, Jean-Luc Karleskind n'était pas spécialement demandeur de ce que les projecteurs se braquent sur sa mosquée. Mais puisque l'occasion lui est donnée, il constate qu'en 2012 les musulmans ne bénéficient pas d'une égalité de traitement avec les autres religions.
Pourtant, après quelques atermoiements dus aux représentants islamiques, la convention entre l'Etat luxembourgeois et l'assemblée représentative des musulmans (Shoura) était sur le point d'être signée, en 2011. Las, ce fut le moment choisi par la Chambre des députés et le ministre des Cultes, François Biltgen, pour lancer le chantier de la réforme des rapports entre Etat et religions. Une vision moderne de ces rapports ne peut pas s'accommoder des relents de concordat napoléonien.
Biltgen estime, pour éviter les risques de communautarisation, que «la foi relève de la sphère privée» mais que «la religion est une affaire publique». Il a confié à une commission composée d'experts français et belges le soin de définir les liens devant régir les rapports entre l'Etat luxembourgeois et les cultes au XXIe siècle.
La commission doit remettre son rapport au ministre et à la Chambre à la fin du mois de septembre. Et, en attendant, toute évolution est gelée, au grand dam des associations islamiques, qui attendent que l'Etat prenne en charge les traitements de leurs ministres du culte, comme c'est le cas pour les religions conventionnées (catholique, protestante, orthodoxe et juive). Biltgen a refusé des mesures transitoires, puisqu'elles risqueraient d'être remises en question par les nouvelles orientations définies dans la foulée du rapport d'experts...
«Il suffirait de nous octroyer un subside de 200.000 ou 250.000 euros par an. La communauté musulmane, issue pour les deux tiers des Balkans, représente 2% de la population luxembourgeoise. Elle paie ses impôts et aimerait bénéficier des mêmes avantages que les autres confessions», argumente Jean-Luc Karleskind. LJM essaie d'obtenir le statut d'«association d'utilité publique», qui permettrait au moins aux fidèles d'obtenir la déductibilité fiscale de leurs dons. Mais là aussi, c'est l'option «frigo» qui a été retenue par le ministère en attendant les suites du rapport. Raison de plus pour recourir à la quête, ici ou à l'étranger.


De plus et dans l'état actuel des choses l'Islam dans le monde se montre incompatible avec la tolérance et la démocratie.
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