2.031 écoliers à la campagne
Le nouveau campus européen est un pôle d'attraction important pour Bertrange et Mamer
Enseignants et élèves ont pris possession du nouveau «mammouth». Mobilité et immobilier sont deux thèmes cruciaux pour les communes environnantes.
Mais qui a oublié la signalisation? On a tellement parlé de ce coûteux tunnel, élégamment baptisé «bypass», qui permet d'éviter le rond-point à l'entrée des écoles de Mamer... qu'on a oublié de renseigner qu'il menait vers Luxembourg. Résultat, même le trafic de transit emprunte le rond-point de surface.
Ce sera en fait le seul couac de cette rentrée européenne à hauts risques pour la mobilité. Un panneau sera placé dans la journée, et le rond-point se retrouvera notablement soulagé. En attendant que soit terminé l'autre ouvrage d'art, une passerelle qui permettra aux arrivants de Luxembourg d'accéder directement au site. Ce tout aussi élégant «fly over» n'est attendu qu'au printemps 2013.
Sur le site, c'est la bonne humeur qui domine. 2.031 écoliers sont réunis sur le campus bis de l'école européenne de Luxembourg. (256 en maternelle, 738 en primaire, 1.037 en secondaire). Nonobstant les considérations de mobilité, les élèves sont heureux de se retrouver dans un nouveau cadre qui impressionne.
Ce professeur de musique résume bien ce sentiment unique: «Chaque fois que j'ai enseigné dans un nouvel établissement, je me suis demandé comment il était au premier jour. Pour une fois, je le vis, ce premier jour. C'est un moment exceptionnel.» Le corps professoral n'est pas mécontent, d'ailleurs, de prendre possession de ce nouvel outil. Il n'a pas fallu déménager grand chose du Kirchberg: la volonté était de repartir sur de nouvelles bases, et de ne pas appauvrir l'ancien établissement en matériel.
Choix de vie douloureux
Du matériel, certains parents s'en sont procuré, pour accompagner leurs enfants à l'école à vélo, avant de retourner sauter dans leur voiture pour prendre les bouchons jusqu'au Kirchberg. Des décisions de vie douloureuses ont même dû être prises. «Nous avons revendu la maison que nous avions fait construire à Gonderange, pour venir habiter à 500 mètres de l'école, explique ce père danois. Nous étions mieux là-bas... mais je ne veux pas que mes enfants passent leurs journées dans des bus et des voitures. Beaucoup d'autres familles danoises ont fait le même sacrifice.»
«Moi, j'habitais au Limpertsberg et je suis parti m'installer à Steinsel, plus près d'ici, explique ce Slovaque. Mais les navettes de bus ne m'arrangent pas. Je crois que je viendrai conduire mes trois enfants ici tous les jours avant d'aller au Kirchberg.»
La décision d'implanter aux confins de Mamer et Bertrange le second campus de l'Ecole européenne avait déchaîné les passions. Pour les parents, habitués à avoir leurs enfants à portée de leur lieu de travail, essentiellement le plateau du Kirchberg, c'était une vraie révolution. L'inéluctable transfert étant acquis, restait à voir comment les alentours allaient supporter la vague de 2.000 élèves à accueillir à la campagne. A voir l'air serein de Ian Dennis, président de l'association de parents d'élèves, on comprend que les vacances n'ont pas gelé le dossier «mobilité». En juin, la situation était simple: le brouillard épais pour les parents. Ni lignes de bus, ni financements. Fin août, il y avait un plan de mobilité… d'une cinquantaine de pages.
«Nous avons beaucoup travaillé avec le ministère des Infrastructures, explique Ian Dennis. Des lignes de ramassage scolaires sont prévues au départ de la plupart des localités, sauf l'extrême nord et l'est du pays. Des navettes relient Mamer au Kirchberg. Les communes concernées, Bertrange principalement, ont adapté leurs transports. Il subsiste un désaccord avec Mamer sur le financement d'un bus communal.» Ce dont Gilles Roth, bourgmestre CSV de Mamer convient... en indiquant que la commune ne finance pas non plus le transport vers le Lycée Josy Barthel voisin.
Ceci dit, la charge des transports reviendra aux parents à partir de 2013, même pour les bus organisés par le ministère. Pour les employés de l'Union européenne, pas de problème, puisque l'employeur leur ristourne cette intervention. Pour les autres parents (20% environ), rien n'est prévu.
Gilles Roth n'était pas mécontent mardi de constater que les nuisances avaient été limitées à un pic de trafic de 25 minutes. Comme l'indique l'exemple des familles danoises, ce nouveau pôle d'attraction va contribuer à mettre la pression sur l'immobilier dans sa commune... qui est déjà parmi les plus chères. «Ce n'est pas une mauvaise chose pour l'attractivité de Mamer, analyse-t-il.Mais j'en appelle au gouvernement pour qu'il ne bloque pas nos initiatives pour libérer des terrains à bâtir. Et je sais déjà que chaque espace trouvera preneur, même si l'are se négocie aujourd'hui à 100.000 euros dans la commune.»
Thierry Nelissen


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