Triple A: et aapres?
Mieux vaut-il un double A qui rassure ou un triple A qui inquiète?
Ce vendredi 13 janvier, Standard & Poor's a lâché sa bombe: la France – comme l'Autriche – a perdu son triple A et sept autres pays ont vu leur note dégradée. Logiquement, le FESF a suivi.
Du côté français, dans un contexte électoral tendu, le triple A n'a pas été perdu pour tout le monde.
Mais du côté des marchés, on n'a constaté que peu de remous. Cette «mauvaise» nouvelle était anticipée.
Idem pour la note souveraine du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui est passée le 15 janvier de AAA à AA+.
Ce qui ne l'a pas empêché d'emprunter sans difficultés 1,5 milliard d'euros à six mois à 0,26 %.
Donnant ainsi raison à ceux – Jean-Claude Juncker en tête – qui estiment que «le FESF conserve intacte sa capacité de prêt, avec des moyens suffisants et garantis pour remplir l'ensemble de ses engagements présents et à venir» contre ceux pour qui le fonds devrait être renfloué afin de garder sa marge de manœuvre.
C'est la position de Mario Draghi, le nouveau patron de la Banque centrale européenne. Et de Standard & Poor's qui dit clairement qu'elle relèvera la note du FESF si des garanties supplémentaires devaient lui être accordées.
Nonobstant, la décision de Standard & Poor's a des répercussions directes sur les économies et les citoyens européens.
Pointant les limites de l'action politique pour résoudre la crise de l'euro, elle alimente l'actuelle défiance des investisseurs face à la monnaie unique. L'euro baisse actuellement fortement face au dollar au moment où le prix du pétrole augmente. Conséquence, les prix à la pompe progressent.
Ce qui nuit à la croissance.
Luxembourg fragile
Du côté du Grand-Duché, le triple A est maintenu. Mais avec une perspective négative.
Ce qui n'étonne pas Yves Wagner, chef économiste de BCEE Asset Management, pour qui «le risque d'une dégradation de la note souveraine existe à moyen et à long terme. A moyen terme, le Luxembourg étant très dépendant à la fois du secteur financier et de l'activité économique dans les pays limitrophes, il est probable que sa croissance économique soit moins soutenue à moyen terme que dans le passé.
Il en résulte évidemment une dégradation de sa situation budgétaire qui pourrait avoir un impact sur le "rating".
Mais la situation est surtout dramatique à plus long terme en raison des déficits de la Sécurité sociale liés au système de pension.
Il est clair que le gouvernement devra rapidement trouver des solutions dans ce domaine pour éviter à terme une dégradation».
Une analyse partagée par Jean-Jacques Rommes de l'ABBL pour qui la réforme des pensions ne doit pas être ratée.
«Si le gouvernement rate sa réforme des pensions – et l'avant-projet de loi porte à croire qu'il va la rater –, alors les choses risquent de devenir sérieuses avant même la fin de la période de législature. En effet, la dette cachée du système de pension annihilera alors la bonne impression que fait actuellement le Luxembourg du fait de sa dette obligataire relativement raisonnable. On se rendra compte alors qu'un bon état des choses ne suffit pas à rassurer les marchés, qui vont – à juste titre – se concentrer sur l'évolution très négative de nos finances publiques.»
Une perte du triple A, outre la politique d'austérité qu'elle engendre, impactera la Place.
«Celle-ci serait impactée indirectement par une perte de crédibilité de l'Etat puisque la capacité d'intervention de ce dernier serait affaiblie et les investisseurs au Grand-Duché craindraient une augmentation de la pression fiscale.»
Et les Grecs?
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