Gilles Schlesser: «2500 chercheurs au Luxembourg»
Depuis 1984, Luxinnovation a pour mission de soutenir et de promouvoir la recherche et l'innovation au Luxembourg. Bilan et perspectives avec son directeur, Gilles Schlesser.
Que représente aujourd'hui la recherche au Luxembourg, en quelques chiffres?
Gilles Schlesser: «En termes de ressources humaines, ce sont 2.500 chercheurs auxquels s'ajoutent environ 2.500 collaborateurs. En matière d'investissements, l'enveloppe a été multipliée par 10 en dix ans.
Aujourd'hui, les investissements publics se montent à environ 280millions d'euros par an, et les investissements privés sont de l'ordre de 500 à 600 millions d'euros. Cela représente environ 1,6% du PIB, et l'ambition du gouvernement est d'atteindre les 2,6% d'ici 2020.»
Quel est le bilan 2011 de Luxinnovation?
G. S.: «Nous avons poursuivi notre développement. 79 projets de recherche, développement et innovation (RDI) ont été accompagnés et ont bénéficié d'une aide financière publique. Ces projets ont été initiés par 58 entreprises différentes, parmi lesquelles 35 PME. 23 nouvelles start-ups ont été créées. A titre de comparaison, il y a dix ans, seuls une douzaine de projets avaient bénéficié d'un financement.»
«Il se crée entre 20 et 30 start-ups par an»
Les efforts portent donc leurs fruits, mais quelles sont les retombées? Peut-on parler de retour sur investissement?
G. S.: «Toutes les études européennes confirment que l'investissement en RDI crée de l'emploi et des richesses. Mais je ne suis pas en mesure de vous dire combien cela a globalement rapporté, car cette démarche s'inscrit dans la durée, c'est sur le très long terme que nous pourrons juger. Mais ce que l'on peut dire, c'est qu'il se crée entre 20 et 30 entreprises innovantes par an au Luxembourg. Quelques-unes vont rester stables sur le plan des effectifs. D'autres vont se développer. La moitié va peut-être être amenée à disparaître. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il n'en reste rien. Plutôt que de développer des projets innovants en interne, bon nombre de grandes sociétés investissent ou accompagnent des start-ups pour les racheter ou les intégrer par la suite.»
Vous évoquez des réussites. Pouvez-vous nous donner un exemple?
G. S.: «Je pense notamment à l'entreprise Waagner-Biro. Spécialisée dans l'élaboration de systèmes d'ordinateurs pour le secteur industriel lors de sa création, elle s'est positionnée sur un marché de niche en développant un système de pilotage de coulisses destiné à équiper les théâtres. L'entreprise travaille aujourd'hui dans le monde entier. Nous l'avions alors accompagnée dans ce projet. Je pense d'ailleurs à cette société car j'ai récemment rencontré ses dirigeants, qui ont de nouvelles idées. C'est un exemple parmi d'autres».
Sur un plan plus stratégique, quels sont aujourd'hui les secteurs d'activité privilégiés par le gouvernement?
G. S.: «Il y a six grands domaines qui bénéficient d'un focus tout particulier: les sciences de la vie, les matériaux, les TIC, le spatial, les éco-technologies et la logistique. Mais tous ces secteurs n'en sont pas au même niveau en matière d'innovation. Pour la logistique, par exemple, de nouvelles technologies sont déjà efficientes, mais il reste à définir comment les implémenter. D'ici cinq ou dix ans, le secteur va connaître de profondes évolutions. Mais s'il convient de définir des priorités soutenues par des aides financières et différents outils d'accompagnement, notre approche se veut également pragmatique. L'enveloppe des crédits n'est pas affectée une fois pour toutes et de manière définitive. Le Luxembourg doit également pouvoir saisir les opportunités qui s'offrent à lui, comme accueillir une entreprise innovante étrangère souhaitant s'installer sur son territoire mais également être en mesure de répondre favorablement à la bonne idée que pourrait avoir le salarié d'une entreprise luxembourgeoise, quel que soit son secteur d'activité.»
Depuis quelques années, on peut constater une multiplication des clusters. Sont-ils vraiment utiles?
G. S.: «Ils ont une grande importance. A l'échelon national, ils participent à la mise en réseau de l'ensemble des acteurs d'une filière. Ce qui favorise les échanges et l'émergence de projets. Au-delà des frontières, de par leur taille, ils permettent au pays de gagner en visibilité tout en facilitant la mise en relation avec d'éventuels partenaires étrangers. Ce qui, compte tenu de la taille du pays, est bien entendu fondamental car il n'y a pas véritablement de marché local.
Nous devons absolument parvenir à nous positionner à l'international – cela passe d'ailleurs aussi par des publications–, sur deux ou trois domaines très spécifiques, pour devenir ne serait-ce qu'un maillon des grands réseaux de recherche. Les sciences de la vie et la santé (140 millions investis sur fonds publics) ou bien encore les TIC sont des secteurs sur lesquels le Grand-Duché est actif et identifié et où nous avons une carte à jouer. Un événement comme le Business Meets Research (organisé les 22 et 23 mai à Luxembourg, par Luxinnovation) est, d'une certaine manière, le rendez-vous des clusters.»
Quelles sont, selon vous, les pistes d'amélioration?
G. S.: «Parallèlement à la création de nouveaux outils comme le Guide luxembourgeois pour les chercheurs étrangers (voir encadré), il nous faut parvenir à optimiser l'existant. La fusion entre les CRP Tudor et Lippmann [ce grand CRP emploiera au départ plus de 700 scientifiques, ingénieurs de recherche et spécialistes en innovation hautement qualifiés, NDLR] va dans le bon sens.
Si les entreprises sont de plus en plus nombreuses à nous solliciter, certaines, notamment les petites, n'ont pas encore ce réflexe. Nous devons donc continuer à communiquer pour faire passer le message qu'elles disposent au Luxembourg d'un partenaire pour leurs projets innovants.
A l'image de l'étude réalisée par le cluster logistique sur son secteur d'activité et qui donnera lieu à des recommandations, il est également important que nous parvenions à affiner notre connaissance des différents secteurs d'activités sur lesquels nous misons tout particulièrement. Un travail statistique plus fin est nécessaire.
Enfin, dans un tout autre registre, Jeannot Krecké comme Etienne Schneider l'ont souligné à maintes reprises, nous devons parvenir à insuffler un esprit d'entreprendre qui nous fait défaut.
La crise peut servir de déclencheur en ce sens qu'elle nous pousse à être davantage créatifs.»
Propos recueillis par
Fabrice Barbian


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