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Ernst Wilhelm Contzen: «Le banques ne sont plus les vaches a lait du pays»

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Le paysage bancaire allemand connaît un fort mouvement de consolidation. Va-t-il se poursuivre?


 

 
Ernst Wilhelm Contzen: «Depuis le début de la crise financière, le marché bancaire global connaît de forts mouvements. Le marché allemand aussi. Ces mouvements ont été accélérés par la réglementation massive au niveau national, mais surtout européen, qui a suivi 2008. Ce processus de consolidation s'est prolongé en 2011 et continuera en 2012. Bien entendu, le choix stratégique des maisons mères a des répercussions sur les entités filles. Le Grand-Duché ne fait pas exception. Il faut aussi savoir qu'une bonne partie de la consolidation qu'a connue le Luxembourg depuis la crise a été dictée par Bruxelles. C'est notamment le cas pour un bon nombre de Landesbanke allemandes qui ont dû vendre leurs actifs internationaux en contrepartie des aides d'Etat reçues. Nous constatons aujourd'hui trois grandes tendances: une concentration au niveau de la banque privée; une concentration et un renforcement des branches d'activité liées aux fonds d'investissement; et finalement une série de banques pratiquant le deleveraging, c'est-à-dire la réduction des actifs à risques, avec comme conséquence la réduction parfois substantielle des sommes de bilans. En 2011, nous avons vu des acquisitions d'entités ou de portefeuilles d'activités, des fusions et des liquidations. Ces phénomènes se multiplieront en 2012.»
 

 
Quelles seront les conséquences pour le Grand-Duché?
 

 
E. W. C.: «En nombre, les 40 banques allemandes aujourd'hui installées au Luxembourg constituent toujours le groupe géographique le plus important de la Place financière. Difficile cependant de prédire le futur. Mais il faut être réaliste et ne pas espérer un retour aux chiffres d'avant-crise. Je ne cesse de le répéter: les banques ne seront plus les vaches à lait du pays.»
 

 
Quelles étaient les raisons historiques qui ont poussé les banques allemandes à venir au Grand-Duché?
 

 
E. W. C.:
«Les premières banques allemandes se sont installées au Grand-Duché dès la fin des années 60. Principalement pour participer au marché international de devises, crédits et capitaux, en plein essor à l'époque. Plus tard, d'autres s'y sont installées pour pratiquer la banque privée et pour centraliser les activités liées aux fonds d'investissement et aux lettres de gage. Elles sont venues pour différentes raisons: la stabilité politique, le cadre réglementaire, le multilinguisme, les niches souveraines et ensuite pour le degré de professionnalisation de la Place financière.»
 
«S'adapter à un monde qui change»
 
Quels sont aujourd'hui les attraits du Luxembourg pour les banques allemandes? Et ses faiblesses?
 

 
E. W. C.: «Depuis des années, les niches souveraines sont en recul au profit des niches de compétences. Nous sommes aujourd'hui le deuxième centre de fonds d'investissement au niveau mondial, le premier centre de banque privée dans l'Eurozone, un centre de choix pour les assureurs et réassureurs, ainsi qu'un acteur majeur sur le marché des crédits internationaux et les produits structurés. Cette Place avec sa panoplie d'acteurs professionnels offre les services nécessaires pour toute forme d'activité financière. Vu les liens étroits entre les secteurs d'activité de la Place et son ouverture vers le monde, le Luxembourg représente un véritable "one-stop shop" offrant des services sur mesure à ses clients. Quant aux menaces, elles sont susceptibles d'être externes ou internes. Ainsi, nos partenaires européens nous concoctent régulièrement des "réformes" qui affaiblissent plus le Luxembourg qu'elles ne les impactent eux-mêmes.
 
C'est le cas d'un échange automatique d'informations ou d'une taxe sur les transactions financières, par exemple, mais aussi tout ce qui met en péril le marché unique européen des services financiers. En interne, l'ennemi numéro un, c'est cette fausse impression de nombre d'acteurs nationaux que la Place financière est d'office là pour perdurer et que les succès du passé garantissent à eux seuls notre richesse économique de demain. En réalité, nous devons nous adapter sans cesse à un monde qui change dramatiquement en défaveur des métiers de la finance et des nations européennes.

Beaucoup de nations font à cet égard des efforts énormes pendant que le Luxembourg, au lieu de se fier à ce qui a fait sa réactivité et son succès passés, me semble paralysé et incapable de se prendre en charge depuis le début de l'actuelle législature. Cela m'inquiète, et les réactions que je récolte lorsque je le dis me rendent parfois tristes. Mais je ne suis pas d'un naturel qui se laisse abattre et je reste aussi convaincu que la Place financière restera pendant longtemps l'acteur prépondérant de la vie économique de ce pays.» 

Les banques allemandes en perte de vitesse



L'étude compare annuellement les comptes des filiales luxembourgeoises des banques allemandes et commente l'évolution du secteur bancaire allemand au Luxembourg.
 
Secteur qui comprend 42 entités, dont 26 filiales et 16 succursales, ces dernières ne publiant pas de comptes annuels séparés.
 
Cette année encore, le paysage aura été fortement marqué par la dynamique de consolidation et de restructuration, une dynamique initiée suite à la crise de 2007.
 
Les banques allemandes qui avaient dû faire appel à leur gouvernement, ont dû en contrepartie accepter de restructurer et recentrer leurs activités.
 
Depuis, les fermetures ou les ventes de filiales se succèdent et ont atteint cette année leur apogée (voir la liste ci-contre).
 
Principale victime, les activités de banque privée. Mais dans le même temps, l'étude fait cependant ressortir une tendance à la concentration et l'extension des activités liées aux fonds d'investissement. Cette activité va-t-elle supplanter la banque privée? A voir.
 
Jusqu'à présent, les restructurations menées ne se faisaient pas au détriment des intérêts de la Place. Certains groupes bancaires (Commerzbank ou HSH Nordbank à l'époque) avaient fait le choix de transférer une grande partie de leurs portefeuilles de crédit au Grand-Duché, ce qui renforçait le volume d'affaires de leurs succursales luxembourgeoises.
 
On semble désormais être entré dans une nouvelle phase où ces restructurations ont un effet direct et visible sur l'emploi. Ce qui inquiète, notamment du côté des syndicats.
 
L'autre grande tendance qui remodèle le secteur, c'est la poursuite politique de «derisking», c'est-à-dire de diminution des actifs à risque. Politique initiée par de nombreux établissements et qui induit à une réduction sensible des sommes des bilans.
 
De fait, cette année, et ce pour la cinquième année consécutive, le bilan agrégé des filiales des établissements de crédit allemands affichait une baisse de 7,9 milliards d'euros (-3,1% par rapport à 2010) à 248,66 milliards. Baisse bien supérieure à celle constatée en 2010. Le recul avait atteint 2,3 milliards d'euros. On reste cependant loin du record constaté en 2009, 39,6 milliards d'euros.
 
Le volume moyen des actifs accusait une baisse de 2 % (comparé à ­7,5 % l'année précédente). Dans le détail, cette évolution résultait d'un net recul des valeurs mobilières de 8,5 milliards d'euros (-12 %) et des créances sur la clientèle de 4,2 milliards d'euros (-6,8 %). Des diminutions ont été en partie compensées par une augmentation des créances bancaires de 3,6 milliards d'euros (+3,1 %). Les fonds propres disponibles ont eux progressé de 7,3% à 10,2 milliards d'euros. Une progression qui s'explique par le renforcement des fonds propres des banques ainsi que par des adaptations comptables.
 
Sous-performance chronique
 
Si la baisse du résultat du secteur financier dans son ensemble a atteint 25,9% à 2,828 milliards d'euros, du côté des banques allemandes, la baisse a atteint 40,8 %, pour un résultat de 735,4 millions d'euros.
 
Certes, les résultats des succursales, non soumises à l'obligation de publication des comptes annuels, ne sont pas pris en compte. Il n'en demeure pas moins vrai que ces dernières années, les banques allemandes sous-performent face aux autres établissements financiers de la Place.
 
Il convient aussi de noter que la constitution nette de provisions semble bien plus élevée pour la Place financière dans son ensemble (1,520 milliard en 2011 contre 498 millions d'euros en 2010) qu'au niveau des banques allemandes (296 millions d'euros en 2011 contre 581 millions d'euros en 2010).
 
La part des filiales allemandes dans le résultat de la Place financière a diminué sur un an, passant de 32,3 % en 2010 à 26 % en 2011.
 
«Après la reprise constatée en 2010, ce résultat se situe bien en deçà des niveaux enregistrés en 2009 et pendant la période 2003-2007, où les banques allemandes affichaient des résultats aisément au-delà du milliard d'euros», relève l'étude.
 
Trois banques sortent du lot: Deutsche Bank Luxembourg, DekaBank Deutsche Girozentrale Luxembourg et UniCredit Luxembourg ont réalisé à elles seules un résultat de 832,3 millions d'euros, supérieur à l'ensemble du secteur. Secteur quelque peu plombé par la crise grecque. Si on s'en tient aux chiffres publiés par les filiales, la question de la dette grecque aurait pesé sur les résultats à hauteur de 714 millions d'euros. Plus de la moitié du provisionnement des risques de la place financière, essentiellement à destination de la Grèce (1, 355 milliard d'euros) - incomberait donc aux banques allemandes.
 
Il est également important de noter que trois banques (Deutsche Bank Luxembourg, DekaBank Deutsche Girozentrale Luxembourg et UniCredit Luxembourg) ont réalisé un résultat supérieur (832,3 millions d'euros) au résultat de l'ensemble des autres banques allemandes.
 
En revanche, six établissements de crédit ont fortement pesé sur le résultat global des banques allemandes au Luxembourg, enregistrant des pertes de 332,9 millions d'euros.
 
La publication «Auswertung der Jahresabschlüsse 2011 der deutschen Eurobanken in Luxemburg» est disponible sur le site www.pwc.lu
 
 
                       

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