Un whisky pour la route
En 2006, Ken Loach remportait la Palme d'or à Cannes pour The Wind That Shakes The Barley sur la guerre en Irlande.
The Angels' Share est son 13e film en compétition et son 3e Prix du jury (après Raining Stones en 1990 et Hidden Agenda en 1993). Le film auquel se réfère toutefois le plus évidemment The Angels' Share est Sweet Sixteen (2002, également sélectionné à Cannes). Comme celui-ci, il a été tourné à Glasgow et conte l'histoire d'un jeune homme sans avenir, pris dans l'engrenage de l'alcool et de la violence. Sauf que cette fois, Loach, comme il le fait parfois, choisit de regarder les choses par l'autre bout de la lorgnette. Là où Sweet Sixteen était un film dur, sans concession et sans espoir, The Angels' Share apparaît au contraire presque comme une fable. Un conte dont la bonne fée est un travailleur social et la potion magique une bouteille de whisky!
Le mot clé du film est inscrit en grandes lettres sur l'affiche anglaise: «Enjoy responsibly». L'injonction fait référence à la consommation d'alcool mais renvoie surtout à la notion de responsabilité. Dans la première séquence, à première vue décousue du reste du récit, Albert (Gary Maitland), fortement éméché, se promène sur le quai d'une gare. Soudain, la voix anonyme qui surgit normalement des haut-parleurs pour enjoindre aux voyageurs de s'éloigner des bords, s'adresse personnellement à Albert. Quand il finit néanmoins par tomber sur les rails, elle ne renonce pas et lui ordonne de remonter sur le quai. A un moment, elle tonne même «Je suis la voix de Dieu!». Mais ce n'est pas la providence, plus probablement un employé des chemins de fer attentif et responsable qui sauve ainsi la vie à Albert.
De la même façon, un juge refuse de baisser les bras face à Robbie (joué par l'acteur non professionnel Paul Brannigan). Robbie semble promis à une vie de petit voyou ou pire. Sans travail et sans éducation, issu d'un milieu défavorisé, récidiviste, violent et agressif, il n'a rien d'une gueule d'ange. Mais sa copine attend un bébé. Le juge décide de lui offrir une dernière chance et le condamne à des travaux d'intérêts généraux.
Là, Ronnie tombe sur l'éducateur Harry (John Henshaw) qui le prend sous son aile, le protège, croit en lui et lui donne ainsi l'occasion de trouver sa voie. Mais c'est à Robbie de saisir cette chance, ce qui ne va pas sans mal. Tout le monde, y compris lui-même, est persuadé qu'il n'est qu'un bon à rien. La naissance du bébé et sa nouvelle passion pour le whisky vont l'encourager à prendre ses responsabilités.
Brise fraternelle
Ken Loach n'étant pas un moralisateur, la «rédemption» de Robbie s'accomplira par des voies pas très orthodoxes... ni tout à fait légales. Avec Albert, Rhino (William Ruane) et Mo (Jasmin Riggins), d'autres protégés de Hary, il va soustraire, lors d'une vente aux enchères, quatre bouteilles de whisky très rares à un collectionneur. Au passage, les quatre jeunes gens, qui n'avaient jamais quitté Glasgow, découvriront la campagne et le patrimoine culturel écossais: le whisky bien sûr mais aussi … le kilt, vêtement qui, apprend-on, n'est pas forcément confortable à porter!
Après une première partie fort bien menée, l'exécution du plan longuement établi par Robbie prend beaucoup de temps dans le film.
La sympathie que le spectateur finit par éprouver pour les personnages fait néanmoins passer l'intrigue un peu mince et la mise en scène essentiellement fonctionnelle. Ken Loach et son scénariste attitré Paul Laverty ont démontré dans le passé leur humour à la fois tendre et gentiment iconoclaste qui n'est jamais exercé au détriment des personnages. Dans The Angels' Share, ils le mettent au service d'une comédie à la fois loufoque, profondément humaniste et résolument optimiste. Alors, même si le réalisateur ne surprend plus (le prix du Jury à Cannes semble à cet égard exagéré), son cinéma n'en apporte pas moins une brise sociale et fraternelle bien venue.
Viviane Thill


Postez votre commentaire