Arles 2012, "une ligne du TGV"
"Une école française", à quoi répond ce titre improbable?
François Hébel: «On parle généralement de l'école allemande, anglaise ou américaine sans forcément évoquer l'école française, à tel point que l'on en vient à se demander si on fait encore de la photographie en France. Nous profitons des 30 ans de l'Ecole nationale supérieure de photographie d'Arles (ENSP) pour poser cette question. Nous avons invité 26 photographes sur les 650 sortis de l'ENSP ces trente dernières années. Qu'est-ce qui les réunit, qu'est-ce qui les différencie, qu'est-ce qui fait qu'ils n'ont pas le même rayonnement sur la scène internationale que les autres photographes? Toutes ces questions seront évoquées, mais avant tout nous allons regarder des photos.»
L'ENSP n'est-elle pas une école comme toutes les autres?
F. H.: «Les écoles invitées sont des écoles correspondantes de l'ENSP qui ont un enseignement supérieur lié à l'histoire de la photographie, sauf qu'elles pensent la photographie qui vient de Londres, New York, donc ce n'est pas la même curiosité et la même attitude. Justement, un colloque sera consacré à ces enjeux de l'enseignement.»
Cette 43e édition est donc consacrée à l'enseignement?
F. H.: «C'est la ligne du TGV. Contrairement à l'année dernière consacrée au trésor de Capa et à la guerre d'Espagne, cette année, c'est très varié. Je pense à Sébastien Calvet, qui a suivi François Hollande pendant toute sa campagne pour Libération, Grégoire Alexandre, qui est un photographe de mode, Isabelle Le Minh, qui fait des installations vidéo; j'ai du mal à donner une image synthétique.»
«Ce qu'on montre, on le produit»
Les Rencontres sont devenues le plus grand rendez-vous de la photographie depuis ces dix dernières années. Quelle est votre formule magique?
F. H.: «Tout ce qu'on montre, on le produit. Chaque année, j'invite des commissaires d'expos venus de divers horizons, on s'enrichit de leurs expertises.
Nous avons décidé que les photographes auraient droit et accès aux mêmes moyens que les autres expressions artistiques, que la photo ne serait plus traitée comme le 18e art.
Avec zéro budget de publicité, ce n'est que du bouche à oreille, la richesse du programme fait la différence. Les 10 plus sérieuses institutions photographiques à Paris ont besoin de faire du chiffre, donc elles programment des photographes connus, voir morts (Erving Penn, Robert Doisneau), tandis que nous ne programmons que des gens inconnus. C'est ça, l'expérience arlésienne: on vient découvrir des choses, on vient pour s'engueuler aussi, comme ce fut le cas l'an dernier sur les photographies d'internet.»
Qu'est-ce qui vous a plu dans la première version de "Gitans" de Josef Koudelka, dont une réédition est annoncée?
F. H.: «Cela fait quarante-trois ans que Koudelka pense à cette réédition car, en fuyant Prague en 1968, il y avait laissé sa première maquette. En fait, la première édition du livre par Robert Delpire à Paris était étriquée. Après la chute du Mur, il est retourné à Prague et a remis la main sur sa maquette, qu'il a "remasterisée" pour faire cette nouvelle édition. C'est ce parcours que nous allons montrer dans cette exposition où tous les tirages seront en argentique. En dehors d'Arles, ces tirages ne seront pas montrés.»
Jean-Noël Jeanneney, le président des Rencontres d'Arles, a salué votre bilan de 10 ans. Est-ce votre dernière année à la direction?
F. H.: «Il y a encore des projets à développer, le chantier n'est pas fini. Je fais ce boulot pour apprendre; Arles évolue tout le temps et j'ai assez envie de continuer à m'en occuper si on me fait toujours confiance.»
Propos recueillis
par Patrick Doue
Semaine d'ouverture du 2 au 8 juillet. Expos jusqu'au 23 /09, www.rencontres-arles.com.


Postez votre commentaire