Une pierre a l'edifice
La ministre de la Culture, Octavie Modert, tenait beaucoup à ce vendredi 13. Le 13 juillet pour inaugurer «son» musée de la Forteresse, un dossier de 20 ans, émaillé de dépassements budgétaires et de débats passionnés sur le contenu – plus ou moins militaire, plus ou moins identitaire –, à donner à ce fort Thüngen.
D'où une certaine excitation à découvrir ce que le Musée national d'Histoire et d'Art, qui gère le projet depuis 2009 via un Centre de documentation sur la forteresse, a fait de ces casemates exiguës.
Pas évident en effet de coller à un site aussi «chargé émotionnellement» comme le relève la ministre. Destination des promenades du dimanche des «Staater», décor privilégié pour photos de mariage, piste de luge hors pair... Les Trois Glands, c'est aussi l'ombre du Mudam qui a un temps voulu englober les vestiges de la forteresse, la futuriste place de l'Europe, le centre de conférence européen... bref un environnement vite écrasant.
Le Musée Dräi Eechelen s'en tire plus que bien avec une muséographie sobre qui laisse toute la place à 600 objets pour la plupart inédits et majoritairement prêtés par le Musée national. «A l'époque virtuelle, c'est l'objet original qui attire les gens dans un musée», estime Michel Polfer directeur du MNHA, qui parle d'un musée «qui montre un pays qui s'intéresse bien sûr à ses racines mais reste ouvert aux questions d'aujourd'hui et de demain, qui est prêt à une discussion critique sur tous ces aspects». D'où le «sous-titre» à valeur de programme: Forteresse – Histoire – Identités.
Démantèlement
Le visiteur est accueilli par la vierge en pierre grandeur nature qui ornait la Porte-Neuve. Il chemine ensuite chronologiquement, en partant de 1443, année de la prise de la ville par les Bourguignons, qui sonne le glas de la fortification médiévale mal adaptée à l'artillerie moderne. C'est aussi le point de départ de la souveraineté de grandes entités: Espagnols, Français, Autrichiens, Prussiens et Hollandais laisseront leur empreinte sur 500 ans de vie de la forteresse. Le musée en propose un témoignage souvent insolite comme cette correspondance de l'Obriste Thüngen qui commande des pantoufles pour sa femme ou le magnifique drapeau de soie des volontaires du premier consul Napoléon. On peut aussi admirer la guillotine, emblème de la répression du Klöppelkrich, un original du traité de Londres ou des photographies rares montrant le démantèlement de la forteresse et les quantités inimaginables de pierres mobilisées. Amusante est aussi la collection complète des uniformes des Grands-Ducs Adolphe et Guillaume, fondateurs de la dynastie de Luxembourg.
L'exposition permanente se termine en 1903, date symbolique de l'inauguration du pont Adolphe, qui met fin, topographiquement, à l'histoire de la forteresse. C'est aussi la date de fonte de la maquette en bronze de la forteresse, signe qu'«elle devient lieu de mémoire, un élément de l'identité luxembourgeoise», selon Michel Polfer.
Mais Dräi Eechelen est aussi un centre de documentation avec une salle multimédia qui permet d'approfondir des aspects de l'exposition et notamment une impressionnante collection de cartes et de plans. A l'automne, il accueillera les plans conservés à la Staatsbibliothek de Berlin.
Toute visite doit se terminer sur la terrasse pour admirer la plus belle vue sur la vieille ville. Arrivé en haut, pourtant, une question s'impose: pourquoi diable au premier étage cette exposition temporaire (très bien faite au demeurant) de l'université du Luxembourg sur les identités luxembourgeoises? (Lire aussi le commentaire en page 3.) Alors que la genèse de ce musée à elle seule illustre si bien «ce que nous sommes». Jusqu'au déblaiement de l'édifice dans les années 80, réalisé par... les ouvriers de la division anti-crise de l'Arbed.
A découvrir dès le 13 juillet et gratuitement jusqu'à la fin de l'année. De nombreuses animations, pour les enfants mais pas seulement, égayeront le site tout l'été: Infos: www.m3e.lu


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