Entraîné par la foule…
Eiffel refait un tour, au festival Terres Rouges ce 9 septembre
Retour d'Eiffel-les-Bordelais pour un tour de passe-passe avec la vie, entre désespérance positive, contestation humaniste, foule monstre et solitude. Moderne sollicitude…
Changement de décor et d'atmosphère. Paris d'Eiffel, gagnés. Leur 5e album, Foule Monstre*, ensorcelé et ensorcelant, nous embarque dans une drôle de machine qui slalome entre réalité et imaginaire, cri tripal et élan poétique, ombre et lumière. «On a besoin d'alternance! Quand Brel chante "Ces gens-là", il y a quand même toujours Frida…», explique Romain Humeau, au volant du groupe depuis quinze ans. Entre guitares saturées et machines: «On voulait, cette fois, des machines sur chaque titre, un postulat de départ. En jouer de manière un peu enfantine dans un décor gadgétisant par moments, parce que d'abord on aime ça, mais aussi parce que j'avais des choses à écrire – on appelle ça des drames – qui se sont passées pendant la dernière tournée et je ne voulais pas surenchérir avec des frasques sonores massives.»
Un emballage? «Ça peut être assez triste parfois, et je voulais que cela se passe comme si ce n'était pas la vraie vie, comme dans un dessin animé de Tom & Jerry [le visuel de l'album très réussi du collectif Le Chakipu est révélateur], avec juste une petite tension un peu foldingue.» Et la barre vers la pop? «A 41 ans, je garde ma petite arrogance d'adolescent, mais je ne supporte plus d'entendre dire qu'Eiffel est un groupe de rock français ténébreux. On est un groupe qui joue avec l'harmonie, la mélodie. On ne fait pas du blues saturé, mais de la pop métissée parce qu'on a été inspirés avant tout par les Beatles, les Beach Boys, Monteverdi, Debussy, Ravel, David Bowie ou les Kinks. Ce n'est pas parce que je braille et qu'il y a parfois saturation qu'on est contre la ballade qui va être susurrée. Je n'ai rien contre rien.»
Respire
De la musique intensément sur le fil du rasoir comme s'il y avait une urgence à ne pas perdre pied, à passer par-dessus les montagnes pour y trouver encore un peu d'air. «Et si nos voix sont cabossées / Que la chanson est trouée… Au moins / Il y souffle un peu d'air / Tu peux respirer».
Comme si, pour ce colporteur d'impressions (dixit) de Romain, il y avait un besoin vital de se resituer – «dans l'idée du moi dans le grand Tout, du mélange à une autre identité pour faire une entité» – sans se perdre dans la… «foule monstre». «Cela ne veut pas dire qu'énorme. La foule peut donner des choses merveilleuses, comme le printemps tunisien, mais aussi des choses ignobles, comme le salut nazi ou la connerie toute-puissante du supporter de foot…»
Un bain de foule aux odeurs mélangées de poudre et de jasmin blanc, comme une chronique du monde qui ne va pas forcément bien – «j'ai un naturel à ne pas faire l'autruche, donc je dénonce. J'aimerais faire un album de bien-être, mais je n'y arrive pas» – mais qui ouvre encore des fenêtres: «Mais foule monstre / Quand la poudre te cause à la rude / Sache que, perdu avec toi / Je m'y sens des milliers»… Une contestation humaniste? «J'adorerais qu'on puisse dire ça, mais moi je ne prône rien, je fais partie de la foule.» Avec ses co-voyageurs musiciens et compagnie (dont l'ami Bertrand Cantat sur Lust for Power), il nous fait juste une… place dans son cœur et dans sa moderne sollicitude…
Annie Gaspard
Eiffel, «Foule Monstre», Pias, 2012. A Bruxelles (Botanique) le 13 décembre.
Site: www.eiffelnews.com.


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