Un Tour sansconviction
Cadel Evans contre Bradley Wiggins, c'est le duel très anglophone censé animer cette 99e édition du Tour de France. A moins que Fränk Schleck ne voie les choses autrement.
«Je ne veux pas être leader (NDLR: du team RadioSchack Nissan Trek) [...], je n'ai pas couru le Tour de Suisse comme une préparation à la Grande Boucle, je ne suis pas une machine, je suis bombardé de critiques quand je suis capitaine sur les courses et que je déçois», déclarait, un brin désabusé, Fränk Schleck au journal belge Het Nieuwsblad.
Mais faute de leader plus crédible, c'est sans doute lui qui devra pallier le forfait de son petit frère.
Le cœur n'y est donc pas vraiment, d'autant que l'ambiance, au sein de l'équipe RadioSchack Nissan Trek, est loin d'être au beau fixe. Aux résultats sportifs décevants vient s'ajouter la tourmente d'une affaire de dopage touchant le septuple vainqueur, Lance Armstrong, et ayant comme victime collatérale son ancien mentor et l'actuel directeur sportif de la formation luxembourgeoise, Johan Bruyneel. Ce dernier, bien que réfutant toutes les accusations, renonce à participer à la Grande Boucle et évite ainsi d'entraîner dans son sillage l'ensemble de la formation luxembourgeoise.
«Un tracé pour les rouleurs»
Cette dernière, si brillante l'an passé sous l'impulsion des deux Mondorfois, devra cette année se contenter d'un rôle d'outsider.
Les favoris sont en effet l'Australien Cadel Evans, champion en titre, et le Britannique Bradley Wiggins, vainqueur impressionnant du Critérium du Dauphiné à l'occasion duquel Andy s'est blessé.
«Le Dauphiné est un révélateur des forces en présence, assure le quintuple vainqueur du Tour Bernard Hinault. La victoire ne devrait pas échapper à l'un de ces deux hommes.»
Concernant l'absence d'Andy Schleck, le champion français se veut réaliste: «Cela va favoriser le duel entre Evans et Wiggins, mais, honnêtement, vu son état de forme avant même sa blessure, et compte tenu du tracé qui avantage énormément les rouleurs, il lui eût été très difficile de rivaliser.» Et comme Fränk affiche sensiblement les mêmes caractéristiques que son frère, la sentence est forcément du même tonneau: «Je pense que Fränk devrait viser des victoires dans les étapes de montagne, s'il n'est pas trop éprouvé par sa participation au Tour de Suisse, il en est parfaitement capable; pour le classement final, par contre, ça risque d'être un peu juste...»
La pression, et c'est peut-être le point le plus positif, ne sera donc pas sur les épaules du Mondorfois, malgré son statut de leader.
Ce dernier, s'il parvient à évacuer la fatigue et les mauvaises ondes extrasportives, est en mesure de rappeler qu'il a quasiment toujours été à la hauteur des grandes compétitions auxquelles il a participé.
Une victoire à La Toussuire, dans les Alpes, ou à Bagnères-de-Luchon, dans les Pyrénées, suffirait amplement à combler ses nombreux supporters, qui ne manqueront pas d'aller l'encourager dès le prologue à Liège, le samedi 30juin.
Rachid Kerrou


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