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L'aristocrate roturier

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Il n'y en a que pour lui. Et il adore ça. Pierre Dillenburg fête ses 70ans de Luxembourg à Baden-Baden. Sur petit écran, il anime la fête nationale. Et il publie ses coups de cœur, tout autant ses coups de gueule, parus dans «Le Jeudi».Le tout agrémenté d'aquarelles: les siennes.



Il habite un double appartement, à Bertrange. Que, bien entendu, son ami et lui ont décoré eux-mêmes. Un zeste baroque. Mais pas rococo, qui, pour ce qui concerne Pierre Dillenburg, pour ce qui le touche, ferait plus mauvais genre.

Pierre Dillenburg, du haut de ses 70 ans, porte bien. Ce jour-là, qui, comme tant, est aussi jour de fête, il a élu le costume blanc, posé sur une chemise parme, elle-même agrémentée d'une cravate tout en fleurs. La pochette, autre bouquet pourtant, ne jure évidemment pas.

S'accrochent, en délicatesse, deux crocodiles d'argent, en guise de boutons de manchette.

Horreur et putréfaction: l'hôte a fait l'impasse sur la disgrâce d'un ocelle maculant le bas du veston.

On en oublierait que cet économiste de formation, qui, lâche-t-il très distraitement, a multiplié grades et mentions à l'université, a poursuivi jusqu'à son faîte une carrière à l'administration, à la Chambre des députés.

Et si la profession n'était qu'une parenthèse dans l'existence de cet homme qui énonce une multitude de mauvais choix personnels?

Pierre Dillenburg, alias Dill, est né dans la peinture, du côté de Diekirch. Son grand-père, puis son père, exploitaient une entreprise de peinture. L'un et l'autre ont aussi enseigné dans des académies, dont les Beaux-Arts à Vienne. Grand-papa était également musicien et composait des opérettes. Ça forge. Au sortir de l'adolescence, Pierre Dillenburg met un premier pied de travers: il ne suit pas la voie paternelle mais entame de hautes études.

Pincée de regret: «J'aurais dû mener une carrière artistique. J'aurais dû être créateur de mode. Cela dit, j'ai créé des décors de théâtre.» Mais aussi, omet-il d'ajouter, il a mis plus que son grain de sel et de folie dans la restauration de la Chambre des députés. «J'aurais dû être architecte d'intérieur.» Mais voilà, la famille ne considérait pas cela comme un métier. «J'aurais été plus riche.»

Au bon moment

La déco l'a pourtant conduit à écrire un premier livre, consacré aux arts de la table. «Pour mon anniversaire, dans cet hôtel de Baden-Baden, je m'occuperai moi-même de la table. Elle doit plier sous le poids de la décoration. La table, j'ai toujours été très doué pour cela.»

Baden-Baden, c'est un peu, beaucoup, passionnément la seconde patrie de Pierre Dillenburg. Où il a célébré d'autres de ses anniversaires. «Précédemment, j'animais les réveillons de nouvel an. Pour mes 70 ans, j'y inviterai beaucoup d'amis étrangers», issus surtout de la noblesse.

La noblesse, c'est tout lui. Depuis des lustres. Bien que le sang bleu ne coule pas en lui. Elle lui est tombée dessus.

Et vice versa, un peu par hasard, et parce qu'il «étai[t] à la bonne place, au bon moment», dans l'enceinte du Parlement, à un jet de capsule du Palais, «où, à chaque cérémonie, je mettais la main à la pâte. Je suis un peu doué pour cela. Joséphine-Charlotte me demandait mon avis. Progressivement, j'ai connu beaucoup de nobles. On m'associe volontiers à l'élite et à la monarchie. J'ai été amené à couvrir, pour la télévision, les cérémonies, comme, l'autre jour, celle de la fête nationale. J'aime la solennité, la pompe, les cérémonies, la belle musique. On reconnaît mon aisance et ma connaissance des familles royales.»

En attendant, et il ne s'en cache pas, Pierre Dillenburg aimerait être de la partie en novembre prochain pour présenter le mariage du siècle (luxembourgeois).

Mais avant cela, il publie un recueil de Coups de cœur, coups de gueule, les chroniques de Dill, chroniques dont il gratifie les lecteurs du Jeudi (éditions Le Phare).

Et qu'il illustre d'une vingtaine d'aquarelles. De fort noble allure, d'ailleurs. Du Dill! Jusqu'au bout des ongles.

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