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L'internationale de la réaction

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Oh qu'ils tremblent pour rien les réactionnaires qui dirigent la plupart des pays de l'Union européenne! Voilà qu'ils se seraient ligués pour taxer le candidat socialiste à la présidentielle de pestiféré, ceci probablement à la demande d'un Sarkozy qui, se sachant presque battu, fait des mains et des pieds pour remonter de quelques millimètres dans les sondages. Comme si, soit dit en passant, les sondages reflétaient réellement les intentions de vote des Français. Mais bon.

 

Il doit souffler un sacré vent de panique dans le staff de campagne de l'UMP pour aller ainsi mendier le soutien de leurs comparses à travers l'Europe. Bien entendu ils jureront, Sarkozy en tête, qu'il n'en est rien, et les Merkel, Monti, Rajoy et Cameron en feront de même. N'empêche qu'ils font semblant de croire que la perspective de voir un «rouge» à la tête de la France serait une calamité. Car ils font bien semblant.

Il est loin, en effet, le temps où, à Washington, à Londres ou ailleurs, on tremblait à l'idée de voir un Mitterrand s'acoquiner avec des communistes – avec l'œil et les oreilles de Moscou, comme ils disaient –, pour gouverner la France, et ceci sur la base d'un programme qui prévoyait, entre autres, la nationalisation de secteurs clés de l'économie.

Il s'est, depuis, avéré que leurs craintes n'avaient pas d'objet et que, en fin de compte, avec ou sans communistes, Mitterrand n'a pas brouillé le jeu du capitalisme, au contraire.

Le candidat François Hollande, lui, n'a pas les mêmes aspirations que son prédécesseur. Son programme est, somme toute, assez mou, et se plie aux diktats de l'ultralibéraisme, même si, ça et là, des élans de rhétorique, teintent son discours de nuances plus agressives. Ne serait-ce que pour couper l'herbe sous le pied de ceux qui s'agitent à sa gauche.

Depuis belle lurette, l'alternance qui a vu socialistes et conservateurs se relayer sur les fauteuils de présidents, de Premiers ministres ou de chanceliers, a démontré de quel bois docile et inoffensif se chauffe la social-démocratie européenne. Progressiste peut-être en ce qui concerne des questions sociétales, comme l'avortement ou le mariage gay, elle est depuis longtemps archi-libérale en matière économique et joue, comme n'importe quel conservateur, de l'arme de l'austérité et de la rigueur imposée par les marchés.

De socialiste, le Parti socialiste français, comme ses homologues européens qui n'ont pas encore, à l'instar de l'italien, changé de sigle, n'a que le nom. Alors pourquoi cette panique? Parce que François Hollande a dit qu'il voudrait renégocier le traité européen sur la discipline budgétaire signé le 1er mars à Bruxelles?

Ce serait ridicule, notamment de la part d'un Premier ministre britannique qui n'a, lui, même pas daigné y apporter sa paraphe. Aurait-on peur alors que le candidat socialiste, une fois devenu président, se mette à taxer comme un fou les flux de capitaux? Ce serait tout autant ridicule, puisque Sarkozy en personne a claironné, même si ces derniers temps il l'oublie et préfère taper sur les immigrés, qu'il était favorable a une taxe du type Tobin.

Il n'y a donc que peu de raisons raisonnablement politiques à cette ligne dure des réactionnaires européens ayant pour but de diaboliser François Hollande. Peu de raisons politiques, mais beaucoup d'intentions politiciennes. Du socialisme à la sauce social-démocrate, personne n'a plus peur. Il y en a même, parmi les dirigeants économiques, qui préfèrent que les pays soient conduits par des gouvernements de gauche, jugés souvent de meilleurs gestionnaires et, surtout, ayant leurs antennes plantées dans le mouvement syndical et étant donc plus à même de freiner l'ardeur revendicative du mouvement salarial.

Non, leur mépris de Hollande n'a de pair que leur volonté de voir leur compère Sarkozy s'incruster à l'Elysée. D'abord parce qu'il est un des leurs. Ensuite parce qu'ils savent que, au-delà de ses effets de voix, dans les commandes de l'Union européenne, il ne pèse pas très lourd.

Pour les patrons français, il en va de même. Ils ne considèrent certes pas le président français comme un des leurs, ce que ce dernier voudrait cependant être. Mais ils savent bien que non seulement il ne les plumera pas, mais leur permettra de se remplir davantage encore les poches.

Avec Hollande, ils craignent qu'un frein, si minime fût-il, ne soit mis à leur appétit. Le souhait du candidat socialiste de vouloir imposer à 75% ce qu'ils gagnent au-delà d'un million d'euros leur est resté en travers dans la gorge. Eux ont au moins une bonne raison de tout faire pour que leur serviteur zélé qu'est Sarkozy reste à l'Elysée.

Mais ailleurs, en Europe et dans le monde, un président français issu de la social-démocratie ne gêne personne. La ligue réactionnaire contre Hollande est, de ce fait, une banale question de mauvais goût due à l'instigation d'un Sarkozy pris de panique, une goujaterie de plus de la part du président sortant qui, pour s'accrocher au pouvoir, envoie paître toute retenue.

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