DSK, dernière (du moins on l'espère)
d'hôtel est qualifié pour être un politique de haut niveau, un président de la République française, par exemple.
JEAN-LOUIS SCHLESSER
Écartelé entre l'exaspération et l'exemplarité du cas, je m'interroge – je l'espère – une dernière fois: est-ce qu'un homme qui a des relations sexuelles avec la femme de charge qui vient faire le ménage dans sa chambre Non, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne me m'interroge pas sur la question de savoir si être prêt à chaque instant à avoir des relations sexuelles – avec une femme de chambre, une hôtesse en l'air, pardon, de l'air, une petite journaliste et la maman de celle-ci, avec une épouse disponible et tirée au hasard, éventuellement même la sienne – est une condition pour être président de la République française.
Si je me rappelle bien, être toujours prêt est la devise des scouts. «Be prepared!» disait lord Baden-Powell, le très croyant fondateur anglais du mouvement en culotte courte. «Be prepared!» se disait Bill Clinton en accueillant Monica Lewinsky pour la dictée matinale. «Sii preparato!» se disait Silvio Berlusconi en pensant à sa copine Ruby et à toutes celles qu'il se faisait livrer pagabile a consegna. «Immer bereit!» ou «Semper paratus!» doit se dire le pape Benoît en pensant au… Tout-Puissant, sans aucun doute.
Nous sommes face à un problème épineux. Imaginez Mme Merkel dévoreuse d'hommes. Si, si, allez, imaginez! Est-ce que pour autant elle serait mauvaise en politique? Vous me direz qu'elle l'est de toute façon et que ces jours en chancellerie sont comptés. Peut-être, mais nymphomane, serait-elle pire? Sans doute pas.
Allons plus loin et, «Ëmmer bereet!», imaginons notre chef d'État… Ah!, on me dit dans mon oreillette que le Palais grand-ducal n'est ni la Maison-Blanche, ni le Sofitel de Manhattan, ni la villa d'Olbia en Sardaigne, et que les affaires de notre chef d'État ne regardent que celui-ci.
En France, les chefs d'État succédant à Georges Pompidou avaient tous, sans exception, une réputation non usurpée de tombeurs. Séparer la vie privée et la fonction officielle fut en France une attitude qui tenait du dogme. La classe politique, dans un esprit de corps qui dépassait les clivages politiques, s'en tenait au traditionnel motus et bouche cousue. Les affres du cœur, largement publiées et exploitées, de M. Sarkozy avaient ouvert une première brèche dans ce barrage culturel. Avec DSK, le barrage risque de s'effondrer. La classe politique française devrait le maudire.
Ce qui semble distinguer DSK des politico-libidineux du vivier français, c'est l'indécence du personnage, et je ne parle pas de l'image d'un homme d'âge mûr émergeant à poil et en rut de sa douche. C'est plutôt ce que la presse française nomme hypocritement son rapport à l'argent, sa croyance dans l'impunité reposant sur le pouvoir et le pognon.
Certes, je ne me prononcerais pas de cette façon si DSK était candidat d'un parti de la droite. Mais comment attendre d'un homme de son acabit, d'une personne ayant son style de vie qu'il ait une vision d'équité et de solidarité, une vision de socialiste, n'en déplaise aux cyniques? Que cette vision, banale pour quelqu'un se réclamant de Jaurès, existe bel et bien, voilà une qualification morale qui serait utile et souhaitable! Qu'un DSK ait pu avoir été le candidat rêvé de la social-démocratie française en dit long sur l'état de décomposition avancé de celle-ci.
Ce qui est surprenant, c'est que l'affaire de la suite du Sofitel de Manhattan soit survenue comme une sorte de catalyseur. De façon plutôt inattendue, les Français doivent ainsi une fière chandelle à la Guinéenne Naffisatou Diallo. Elle leur aura épargné un président nommé Dominique Strauss-Kahn. Je ne parlerai plus de lui, je me le promets.
Magique, touchant, grave
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