Racisme anti-jeunes
Une société se définit peut-être le mieux par le type de ses préjugés et contradictions.
On ne niera pas que nos sociétés postindustrielles sont marquées par le jeunisme. Quels sont les caractéristiques de ce jeunisme qui a pris naissance dans l'immédiate après-guerre, période où le capitalisme est redevenu peu à peu marchand après avoir fait, en Europe et en Amérique du Nord, un bref crochet par le capitalisme industriel?
Le jeunisme est devenu envahissant jusqu'à l'exaspération, jusqu'au ridicule, il est pernicieux pour le corps et l'esprit, il produit des fashion victims consternantes parmi les deux sexes, il favorise le narcissisme des jeunes et de ceux qui ne le sont plus. Le jeunisme est sexualisé et produit des accords lascifs qui créent des imaginaires que les réalités ne rejoignent pas toujours.
Les connotations sexuelles de ce jeunisme sont instrumentalisées par voie de marketing pour une raison ultime: la marchandisation de notre vie. Marchandisation du corps, d'une période de l'existence, du rêve d'éternelle jeunesse, de nos instincts primaires.
Cette société d'hédonisme de bas-étage, de décervelage systématique – systémique même –, portée sur la gratification immédiate semble maintenant portée à son paroxysme par le règne sans partage du numérique, vecteur d'un monde «fractionnalisé» qui lui va comme un gant.
Evidemment, les petit(e)s jeunes, les héros de nos temps présents, pensent que – puisque le monde tourne autour d'eux, prend modèle sur eux –, plus ils sont con(ne)s, plus ils sont cools.
Jeunes, sachez que, heureusement pour vous, les choses sont plus compliquées que cela. Vous êtes peut-être con(ne)s, égoïstes, narcissiques, superficiel(le)s, matérialistes, vous abhorrez l'effort, vous avez raté votre vie si vous n'avez pas une BM à dix-huit ans (payée par papa), filles, vous n'osez pas sortir sans sac Longchamp, en été vous allez à vos lycées vêtues comme si vous alliez à la terrasse de Sénéquier à Saint-Tropez draguer des mecs avec des Ferrari.
Mais vous n'êtes pas né(e)s ainsi de génération spontanée!
Vous êtes des produits d'un contexte social et économique, d'un milieu, de parents.
Vous n'êtes pas les créateurs des valeurs que vous adoptez sottement et qu'on met, par ailleurs, en cause.
Vos parents sont les responsables puisque ce sont eux qui ont créé cette société dont vous êtes le déplorable produit. Ils ont tort d'être parents coupables d'une part et racistes anti-jeunes d'autre part, comme il est de bon ton de l'être, dans les conversations entre adultes et, de plus en plus, dans les colonnes du courrier des lecteurs des quotidiens.
Ce sont eux, les anciens, qui vous parquent dans des écoles où on vous distille un enseignement à mille lieux de vos références culturelles. Où on essaie de vous inculquer du savoir avec des procédés pédagogiques dont la seule «modernité» consiste dans une sorte de permissivité résignée et désabusée qu'on pratique par lâcheté.
Le racisme anti-jeunes qui se complaît en lamentations ne résout rien. Symptôme du désarroi et de la peur, alimenté par les préjugés et un fossé générationnel qui ne cesse de s'élargir, il prospère, grandit et – c'est là qu'il convient de s'inquiéter – il retient l'attention bienveillante de ceux à la droite de la droite catholique traditionnelle.
Racistes anti-jeunes, méfiez-vous!
La restauration autoritaire ne fera de vous, parents désemparés, profs et instits malheureux, qu'une toute petite bouchée.
Jean-Louis Schlesser


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