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Luxair: 42 mois de prison requis contre le commandant de bord

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Le parquet absolut les directeurs mais pas le pilote et les techniciens (Photo: Pierre Matgé)

Le procès Luxair touche à sa fin. Le ministère requiert une condamnation du pilote, ne s’opposant pas au sursis.

Michel Petit       



Le procès Luxair a entamé sa procédure d’approche, la phase finale de son long vol. Interrompu mardi 6 décembre par une alerte à la bombe à la cité judiciaire.

Mais avant cela, les prévenus ont tous, ces derniers jours, eu l’occasion de se défendre. Selon un système bien rodé et généralisé: en substance, “je ne suis en rien responsable de la catastrophe. Les fautifs, ce sont les autres".

Chaque partie à la cause a des arguments à faire valoir. Et même le commandant de bord, Claude Poeckes, au sujet duquel les experts (sans oublier le président du tribunal) ont eu le loisir d’insister sur les entorses aux règlements et procédures.

Avant même la plaidoirie, par la voix de son avocat, Me Pierret, le pilote a rejeté la faute fatale sur le constructeur, Fokker, et son équipementier, ABSc. Pour la défense, il va de soi que l’avion n’était pas en état de voler sans les aménagements minima du système de commandes. S’ajoutent, à ses yeux, les carences de la direction générale de Luxair et de ses services techniques qui, pense-t-il, ont pris par-dessus la jambe les recommandations de Fokker.

C’est vrai que, pour trois francs six sous, les lacunes du boîtier électronique auraient pu être anéanties. Mais voilà: il s’agissait de modifications facultatives, «optionnelles» pour reprendre le terme entendu mille fois depuis le début du procès.

Une fois encore, le président Prosper Klein a répété à quel point Fokker était le grand absent du procès. Parce que le juge d’instruction n’a jamais cru judicieux de l’inculper pour son défaut de prévoyance et sa mauvaise communication. Et, au-delà, la chambre du conseil de la cour d’appel a blanchi le constructeur. Ce que ne comprendra jamais Prosper Klein: «une décision critiquable», répète-t-il à l’envi.

Le nez sur la pointe de ses chaussures, le commandant de bord Poeckes a eu de quoi rougir. Sorti du coma, il a plaidé l’oubli. L’oubli aussi de son copain copilote qu’il disait ne pas trop connaître alors qu’il avait partagé, avec la compagne de ce dernier, plus d’un repas. Etait-il judicieux d’affirmer, à la veuve notamment, que le copilote était resté aux commandes à sa place. Judicieux de dire, in fine, que le crash lui était éventuellement imputable? Ceci dit, Me Pierret plaide l’acquittement, tout au moins au bénéfice du doute.

Le directeur général de l’époque, Christian Heinzmann, franchira-t-il sans encombres les turbulences? Il venait de prendre les rênes de la compagnie. Il s’occupait, se défend-il, de la gestion financière. Et certainement pas des affaires techniques.

Son boulot, en gros, consistait à donner les moyens à l’ensemble des départements de la société. Comme son prédécesseur, il déléguait. Et n’était pas au courant des recommandations de Fokker.

Christian Heinzmann, le deuxième inculpé après le pilote, semble se demander pourquoi il est assis au banc des prévenus. D’où la question de l’avocat: Fokker blanchi, la juridiction de fond a-t-elle de quoi condamner le directeur général?

Plaidant aussi l’acquittement, les responsables techniques ont tous chargé le pilote. Par la voix de leurs avocats, ils n’ont pas manqué d’épingler un autre absent, le bureau Veritas chargé de contrôler les certificats de navigabilité, ce, à l’adresse de la direction de l’aviation civile, au ministère des Transports.

Frais de justice


Le procureur, Serge Wagner, la veille de l’alerte à la bombe, est entré dans la danse. D’abord pour régler le problème éventuel du délai raisonnable (neuf années de procédure).

Serge Wagner s’en prend ensuite à l’expert des Poeckes, père et fils, qui, du bout des lèvres, a tenté de faire valoir la défaillance technique de l’avion pour expliquer le crash du 6 novembre 2002. «Son mémoire, condamne-t-il sèchement, est d’une rare pauvreté intellectuelle.» A oublier, ajoute-t-il!

Le ministère public revient sur les compétences réelles du commandant de bord, certes diplômé, mais dont les tests sur les aptitudes psychologiques laissaient à désirer.

Autre certitude: c’est bien Claude Poeckes qui était aux commandes et non son copilote, décédé deux mois après l’accident. Pour Serge Wagner, le commandant de bord doit bel et bien être condamné pour homicides et coups et blessures involontaires.

Il requiert une condamnation de trois ans et demi, ne s’opposant pas à l’octroi d’un sursis complet.

Mais les autres prévenus, trois anciens directeurs et trois anciens responsables des services techniques?

Il appartient au ministère public d’établir le lien de causalité entre l’éventuelle négligence (ne pas avoir appliqué les recommandations optionnelles) et le crash qui a fait 20 morts.

Ces prévenus ont-ils réellement fait preuve de négligence en ne tenant pas compte des recommandations? Auraient-ils pu éviter le drame? Le parquet reconnaît qu’aucun texte n’obligeait les prévenus à appliquer les options nouvelles, trop mal défendues d’ailleurs par Fokker.

Il admet par ailleurs que les trois anciens directeurs avaient délégué ce type de responsabilités aux services techniques. Aussi accepte-t-il leur acquittement.

En revanche, Serge Wagner met en évidence la faute des trois techniciens. Ils ne peuvent, dit-il, se retrancher derrière l’argument de l’option ou de la méconnaissance de la situation réelle. Ils auraient dû être attentifs aux bulletins de Fokker.

Le caractère optionnel n’est pas une raison suffisante pour ne rien faire.

Dans ce contexte, il requiert une peine d’emprisonnement de deux ans contre le directeur technique, une de dix-huit mois contre les deux techniciens inculpés. Avec sursis.

Le président rendait, mercredi 7 décembre, la parole à la défense.

Outre sur la condamnation, le tribunal aura à se prononcer d’une part sur la hauteur des dommages à verser aux parties civiles (déjà pris en charge partiellement par Luxair), d’autre part sur les frais judiciaires.

Il n’est pas impossible que le ministère public s’en charge lui-même.

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Magique, touchant, grave

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Quelle différence entre l'investiture du président Hollande et celle de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy!
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