Rouge comme un nouveau nez
«Le clown n'est pas fait pour les enfants»: boutade ou réalité? Du 1er au 17 juin, une surprenante palette de «pièces à rire» lèvera toute équivoque sur la question: l'homme au nez légendairement rouge débarque sur la scène artistique.
Cette deuxième édition dudit festival peut d'ores et déjà s'enorgueillir d'une dimension nouvelle, doublement internationale: dans la programmation – spectacles catalans, roumains, allemands, français, luxembourgeois – et dans un choix scénique transfrontalier – au Luxembourg (Kufa et Théâtre d'Esch-sur-Alzette) et en France (parc du Haut-Fourneau U4 à Uckange). Mais la vraie, l'étonnante richesse de cette manifestation révélatrice d'un art expressivement récent – actuellement encore peu connu et médiatisé – est autre: donner carte blanche à des clowns qui bousculent le conventionnel pour libérer, dans un souffle gaillardement joyeux et triste tout à la fois, un rire moqueur, un rire douceur, un rire tendresse, un rire dénonciateur, un rire provocateur, un rire d'éclats et de larmes: un rire profondément social.
Admirateurs invétérés de Charlie Chaplin, dont ils se veulent les héritiers en droite ligne humoristique, ces hommes et ces femmes appartiennent à cette nouvelle école qui fait du clown un artiste à part entière, un créateur-interprète de génie mêlant avec aisance et audace prose, poésie, magie, musique, danse et pantomime. Bien qu'ils arborent (presque) toujours l'emblématique nez rondement rouge et protubérant, ils ont définitivement abandonné l'esprit «chapiteaux de cirque et goûters d'anniversaire» des comiques traditionnels et stéréotypés. Pour monter sur les planches. Les vraies – aussi exigeantes qu'intransigeantes: celles du théâtre.
Public élargi
A l'écoute de notre temps, ces artistes-pitres d'une profondeur faussement légère mais ouvertement allègre se glissent dans la peau, les tripes et la gouaille d'un personnage en perpétuel devenir. Pour nous étonner, pour nous bouleverser, pour nous interpeller sur des problèmes sociétaux tels que la solitude, la mort, la peur, l'intolérance, le racisme, la clochardisation. Des problèmes dont ils jouent et se jouent avec une ironie douce-amère, empreinte d'une sensibilité subtile et délicate, souvent transgressive, jamais agressive. Des problèmes qui sont la trame de fond et de dérision des spectacles à l'affiche de «Clowns in Progress».
Autant de «pièces à rire» qui se vivent à la carte, selon le degré d'écoute-compréhension propre à la sensibilité et à l'âge des personnes présentes dans la salle. L'occasion d'applaudir quelques personnages phares de cette expression artistique autrement «rigolote», notamment la Catalane Alba Sarraute dans Je suis l'autre, le Français Bonaventure Gacon interprétant l'une de ses compositions Par le Boudu ainsi que les Luxembourgeois Mathilde Guénard et Noël Heinzelman dans leur création première du genre La solitude, c'est mieux à deux.
Des spectacles «label-risés» public élargi, pour le meilleur des sourires et des rires. Des pleurs et des larmes aussi.
Helene Nicol
Infos: www.clowns-in-progress.com.


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